Le film de la semaine : « Ponyo sur la falaise » de Hayao Miyazaki

Quand on parle de Miyazaki, on pense directement à «Le Voyage de Chihiro» ou à «Mon Voisin Totoro». A travers sa formidable filmographie Hayao développe toujours des thématiques sérieuses en toile de fond telles que l’écologie (Princesse Monoké) ou la quête initiatique (Le Château dans le Ciel) et ce en parallèle à des histoires épiques, magiques et entraînant une empathie totale aussi bien dans les légers détails que dans les grandes envolées. Pour son dernier opus en tant que réalisateur, le Japonais ressort le postulat classique de la Petite Sirène sauce Némo mais en tellement, tellement plus féérique.

 

Ponyo sur la Falaise s’ouvre en une cascade miroitante qui submerge l’écran d’un torrent de couleurs, des pastels aux plus vives. Aux commandes de ces explosions aqueuses, Fujimoto -un sorcier sous-marin ayant abandonné sa condition humaine, dégoûté par la pollution entraînée par son espèce- tente via de multiples expériences d’assainir l’eau de mer des déchets toxiques libérés par les humains. De son union avec la divinité de la mer est né un certain nombre de petits poissons rouges aux grands pouvoirs dont celui qui nous intéresse (ou plutôt celle, mais à ce stade nous sommes encore assez indéterminé quant à la morphologie du dit poisson). Ponyo, gardée précieusement avec ses frères et sœurs par Fujimoto rêve d’aller découvrir le monde des humains, destin qui semble cinématographiquement inévitable pour tous les petits êtres fictifs à écailles rouges. C’est ainsi que Ponyo s’échappe dans une grande épopée à travers les bas-fond de l’océan …pour finir sur la côte, coincée dans une bouteille draguée par un filet de pêche. Au sommet du récif vit un petit garçon, Sosuke, qui sauve et recueille notre héroïne à branchies et de fil en aiguille, ce petit poisson commence à se changer en humaine grâce à sa relation naissante avec Sosuke. Mais Ponyo n’en  sera jamais complètement une et ne peut donc rester à la surface.

 

Le film se poursuit dans une allégresse jamais entachée par les péripéties de nos amis et provoque l’émerveillement de tous, des petits aux plus grands. Que ce soit via un bestiaire impressionnant et iconoclaste ou une scène d’ouragan ultra-stylisée, c’est grâce à la combinaison d’un dessin fluide et gracieux (dont les décors aux couleurs pastels laissent pantois, entre l’estampe et le gribouillage de maternelle, et dont les détails hyper-précis sont communicatifs au possible) associé à une bande-son qui porte littéralement l’intensité du récit sur ses épaules que la magie opère. Dans cette oeuvre plus légère que ses deux précédents films on retrouve malgré tout deux des grands thèmes de prédilection du père de l’animation asiatique : le contre-balancement du rôle de la femme et l’importance du souci écologique.

Entre la mère de Sosuke, véritable tête forte qui n’a pas peur de rouler à pleine vitesse au milieu d’une tempête, et celle de Ponyo, divinité sous-marine toute puissante, Miyazaki attribue toujours à ses personnages féminins une force de caractère et d’initiative qui jure avec les carcans usuels japonais.

En effet, c’est une volonté pure et dure de la part du scénariste préféré du studio Ghibli que de tenter en contant une histoire fantastique et captivante d’influencer les jeunes générations en faveur d’une modernisation et d’une mise en conscience des vices des modèles sociologiques et écologiques nippons.

Ponyo sur la Falaise séduit par sa tendresse onirique présente en chaque image et se déroule sous nos yeux ravis avec une fluidité surprenante qui, portée par les compositions parfaitement ajustées de Joe Hisaishi, permette de dire qu’encore une fois Miyazaki réalise un film idyllique et intemporel.

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Matthieu Marchal