ActuCiné : « Infancia Clandestina », « Stoker » et « La Pirogue »

Deux revenants et une nouveauté cette semaine. « La Pirogue » de Touré que l’on vous a présenté début d’année, « Stoker » de Park-Chan Wook qui était en cloture du BIFFF et finalement « Infancia Clandestina » de Benjamin Avila que vous pourrez bientôt retrouver dans notre catalogue !

Infancia Clandestina – Benjamin Avila

Argentine, 1979. Juan, 12 ans, et sa famille reviennent à Buenos Aires sous une fausse identité après des années d’exil. Les parents de Juan et son oncle Beto sont membres de l’organisation Montoneros, en lutte contre la junte militaire au pouvoir qui les traque sans relâche. Pour tous ses amis à l’école et pour Maria dont il est amoureux, Juan se prénomme Ernesto. Il ne doit pas l’oublier, le moindre écart peut être fatal à toute sa famille. C’est une histoire de militantisme, de clandestinité et d’amour.

Benjamin Avila remet en scène à travers les yeux d’un enfant un épisode historique de l’Argentine. Sans jamais perdre de vue la fiction, la romance et l’intrigue, il réussit à transmettre en filigrane une partiee important de l’histoire de son pays et des valeurs qui en ont résultées. Une belle histoire, aussi rude qu’optimiste, qui nous rappelle que les idées ne se perdent jamais.

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Stoker – Park-Chan Wook

Après la mort de son père dans un étrange accident de voiture, India, une adolescente, voit un oncle dont elle ignorait l’existence, venir s’installer avec elle et sa mère. Rapidement, la jeune fille se met à soupçonner l’homme d’avoir d’autres motivations que celle de les aider. La méfiance s’installe, mais l’attirance aussi…

Premier film américain de Park-Chan Wook et présenté lors de la soirée de clôture du 31ème BIFFF en avril dernier, le réalisateur séoulite interpelle comme à son habitude, cette fois par une phrase prononcée au début du film : « Comme une fleur ne choisit pas sa couleur, on ne choisit pas qui on devient”. A partir de ce postulat qui est également le thème, nous suivons les noeuds de vie des protagonistes avec une contemplation nerveuse très propre au Coréen. Toujours dans un courant photographique asiatique assez minimaliste, Stoker s’annonce comme une thriller psychologique froid et vicié sur fond de musique classique ; autant dire que l’échine va travailler.

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La Pirogue – Moussa Touré

Un village de pêcheurs dans la grande banlieue de Dakar, d’où partent de nombreuses pirogues. Au terme d’une traversée souvent meurtrière, elles vont rejoindre les îles Canaries en territoire espagnol. Baye Laye est capitaine d’une pirogue de pêche, il connaît la mer. Il ne veut pas partir, mais il n’a pas le choix. Il devra conduire 30 hommes en Espagne. Ils ne se comprennent pas tous, certains n’ont jamais vu la mer et personne ne sait ce qui l’attend.

Vous avez déjà pu le voir dans le catalogue d’UniversCiné en janvier et février dans le cadre du 3ème My French Film Festival où il a gagné le prix de la presse internationale, le revoici dans les salles cette semaine. Moussa Touré avait comme volonté que « La Pirogue » devienne un travail de mémoire ; ainsi, les Français d’origine africaine pourront se rappeler que leurs parents ont du lutter contre vent et marée pour arriver jusqu’en France. Touré a toujours aimé mettre en exergue ses personnages dans des situations de huis-clos révélatrice. C’est d’ailleurs dans ce contexte de tension oppressante que la situation dans laquelle se trouve les protagonistes et leur pays est la mieux représentée, pour un film fort et intelligent.