ActuCiné : « No », « Paradis : Espoir » et « Le Coeur a ses Raisons »

Premier jour du mois de mai et les beaux jours toujours en attente, les nouvelles sorties ciné, elles, ne sont pas en retard. Entre « No » du chilien Pablo Larrain, « Paradis : Espoir » troisième volet de la trilogie Paradis de l’autrichien Seidl et « Le Coeur a ses Raisons » de l’israëlienne Rama Burshtein.

No – Pablo Larrain

Chili, 1988. Lorsque le dictateur chilien Augusto Pinochet, face à la pression internationale, consent à organiser un référendum sur sa présidence, les dirigeants de l’opposition persuadent un jeune et brillant publicitaire, René Saavedra, de concevoir leur campagne. Avec peu de moyens, mais des méthodes innovantes, Saavedra et son équipe construisent un plan audacieux pour libérer le pays de l’oppression, malgré la surveillance constante des hommes de Pinochet.

Dernier volet de la trilogie imprévue du Chilien, après “Tony Mareno” et “Santagio 73”, “No” s’annonce comme un film moins sombre que ses prédécesseurs dans la photographie et plus intelligent dans l’analyse de la dictature. Filmé avec une vielle caméra de 1983 afin de pouvoir facilement mêler des images d’archive (pleine de publicités) aux séances tournées, ce choix -une fois habitué- révèle toute son intelligence tant les frontières entre le film, les archives et les publicités s’amincissent et troublent. En plus de l’apport historique, des questions plus que jamais d’actualité à propos de la place prépondérante de la publicité dans notre question sont soulevées naturellement, sans les pointer du doigts ni les cautionner ; tragicomédie sur fond de bouleversement politique, “No” réussit le pari en axant l’histoire sur le contenu sans en faire trop ni trop peu.

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Paradis : Espoir – Ulrich Seidl

Mélanie passe ses vacances d’été dans un centre d’amaigrissement très strict. Entre les activités sportives, les conseils nutritionnels, les batailles d’oreillers et les premières cigarettes, elle tombe sous le charme du directeur du centre, un médecin de 40 ans son aîné. Elle l’aime comme on aime la toute première fois et cherche désespérément à le séduire.

Seconde trilogie (beaucoup plus affirmée) de cet ActuCiné, les “Paradis” relatent les (més)aventures de trois femmes ; la mère un peu trop vielle et un peu trop grosse que pour trouver un homme en Autriche se tire au Kenya pendant “Amour”, la tante compense elle le vide de son existence par Jésus, entre flagellation et masturbation dans “Foi”. Et finalement dans “Espoir” c’est la fille, aux mêmes proportions que la maman, qui est envoyée un dans camp d’amaigrissement pendant qu’une est en sextourism et l’autre sur la croix. Témoignage sec et décharné jusqu’à la moelle sur l’état de la nature humaine par l’analyse des infimes détails et variations qui en trahissent les gimicks viciés, la trilogie d’Ulrich Seidl impressionne avec un réalisme de glace et maintient l’attention grâce à un humour toujours proche du sarcasme.

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Le Coeur a ses Raisons – Rama Burshtein

L’histoire d’une famille hassidique orthodoxe vivant à Tel Aviv. Shira, 18 ans, est la plus jeune fille. Elle est sur le point de se marier avec un jeune homme du même âge et du même milieu. C’est un rêve qui devient réalité pour Shira…

Rama Burshtein développe pour son nouveau film une photographie gracieuse et distinguée, qui si elle peut être frivole ou candide ne perd jamais le poids des mots, des secondes de silence et des regards fatigués. Offrant une vue intérieure sur cette communauté qu’au final on connaît si peu, on découvre dans “Le Coeur a ses Raisons” une brise, un courant d’air de beauté mystique et silencieuse. Avec une nette tendance à l’analyse minutieuse des modalités de vie, des façons de penser et d’agir, le risque est d’en oublier l’étincelle, la pulsion qui vit au fond de nous, exempte de sens mais pleine d’émotion.