ActuCiné : « Blancanieves », « Side Effects » et « Oblivion »

Cette fois-ci, le printemps semble bien installé. Fini la neige, place à la pluie… Le temps idéal pour aller trouver un peu de réconfort dans les salles de cinéma. Et cette semaine, il y en aura pour tous les goûts : du cinéma d’auteur avec « Blancanieves », relecture espagnole du conte de Blanche-Neige, du thriller cérébral avec « Side effects », le (avant-) dernier Soderbergh, et du grand spectable de science-fiction avec « Oblivion ».Petit tour des sorties belges du 10 avril 2013.

***

« Blancanieves » de Pablo Berger

Sud de l’Espagne, dans les années 20. Carmen est une belle jeune fille dont l’enfance a été hantée par une belle-mère acariâtre. Fuyant un passé dont elle n’a plus mémoire, Carmen va faire une rencontre insolite : une troupe ambulante de nains toreros qui va l’adopter et lui donner le surnom de « Blancanieves ». C’est le début d’une aventure qui va conduire Carmen/Blancanieves vers elle-même, vers son passé, et surtout vers un destin à nul autre semblable…

MG_0622BW1

Avec une ribambelle de prix dans son pays, entre 7 Goya et 2 Prix du Festival de San Sebastian et une nomination pour l’Oscar du meilleur film étranger, « Blancanieves » fait son petit effet là où il passe. Après « Torremolinos 73 », le réalisateur espagnol Pablo Berger écrit l’histoire d’une jeune femme rencontrant une troupe de nains toreros. L’assimiliation et la relecture de l’histoire de Blanche-Neige est évidente, mais le réalisateur a été plus loin en puisant dans l’univers du conte pour construire plusieurs personnages de son film : on retrouve des similitudes entre certains caractères (celui de Stromboli, le grand méchant de « Pinnochio » qui malgré son nom italien était un personnation à forte connotation gitane) ou même directement la présence de certains contes, comme celui du « Petit chaperon rouge » qui est lu par le père de Blancanieves.

En s’appropriant l’univers du conte et en se détachant du livre des frères Grimm (qui n’est jamais qu’une retranscription d’une légende germanique) en transposant Blanche-Neige au pays de la corrida et du flamenco, Pablo Berger signe à la fois un hommage au merveilleux, le rendant moderne et intemporel, et trouve le juste équilibre entre la poésie, l’émotion et la satire sociale. Loin des clichés et de la standardisation actuelle du cinéma, Berger s’inspire du cinéma des années 20 (avec notamment « Eldorado » de Marcel L’Herbier, « Les rapaces » d’Erich Von Strojeim et le cultissime « Freaks » de Tod Browning du côté des références) et tourne son film en Super 16, pour conserver le grain typique et envoûtant des films de ces années-ci, en noir et blanc et sans dialogue.Une belle performance et un parti pris courageux en 2013, même après le succès de « The Artist » de Michel Hazanavicius. Ayant commencé l’écriture bien avant la sortie de ce dernier, en 2005, la comparaison est d’autant plus amusante puisque les deux cinéastes ont eu beaucoup de mal, tous les deux, à trouver un producteur qui accepte de s’investir dans un long-métrage muet au 21ème siècle. Une autre ressemblance troublante est la musique des deux films, qui soutient et souligne l’histoire des deux films d’un bout à l’autre, a été enregistrée par un orchestre belge, en Belgique : le Brussels Philharmonic.

Blancanieves+pomme

Visuellement époustouflant, doucement cruel et d’une fougue incroyable, « Blancanieves » est aux antipodes de tout ce que vous pourrez voir ces prochains temps. Notre coup de coeur de la semaine, indéniablement.

***

« Side effects » (Effets secondaires) de Steven Soderbergh

Le docteur Jon Banks est un jeune psychiatre ambitieux en quête d’une opportunité pour se mettre en selle. Quand Emily, une nouvelle patiente, réclame ses services après une apparente tentative de suicide, il lui prescrit toute la liste des bons vieux régulateurs d’humeur. Mais lorsqu’il teste sur elle un nouveau médicament expérimental appelé Ablixa, elle retourne lentement à la personne qu’elle fut auparavant, heureuse, pleine d’énergie et amoureuse de son mari Martin. Soudain, une nuit, Martin est brutalement battu à mort dans leur cuisine.

FILM_REVIEW_SIDE_EFFECTS_29493013

Soderbergh a longtemps annoncé que ce film serait son avant-dernier. C’est probablement pour cette raison qu’il a décidé de retrouver des acteurs avec lesquels il avait déjà collaboré : Jude law (Contagion), Channing Tatum (Magic Mike, Piégée), Catherine Zeta-Jones (Traffic, Ocean’s Twelve) et Vinessa Shaw (Fallen Angels). En revanche, l’actrice qui tient le premier rôle féminin a été plus dure à trouver. Après avoir auditionné Emily Blunt, Amanda Seyfried ou encore Michelle Williams, c’est finalement la jeune Rooney Mara, alias Lisbeth Salander dans le « Millenium » de David Fincher, qui décroche le rôle.

L’idée de « Side Effects » vient de Scott Z. Burns, le scénariste, après avoir constaté que la société n’acceptait pas que les gens quissent être tristes mais devaient se maintenant à tout prix dans un équilibre constant entre bonheur et malheur. Cherchant à écrire un thriller atypique, il a collaboré avec le producteur Sasha Bardey, à l’époque directeur adjoint du service psychiatrique d’un hopital. Après avoir hésité à réaliser lui-même le film, il confie finalement les rênes à Soderbergh.

side-effects-movie

Nommé dans neufs catégories différentes à la Berlinale 2013, « Side effects » se révèle être un thriller aussi intelligent que distrayant, avec une mise en scène milimétrée qu’Hitchcock ne renierait pas. Amateurs de films noirs, foncez !

***

Ne manquez pas non plus… « Oblivion » de Joseph Kosinski

En 2073, alors que la Terre a été dévastée par des aliens, la population humaine vit au dessus des nuages. À la surface, Jack, un réparateur de drones, témoin d’un crash, voit sa vie bouleversée…

tom_cruise_oblivion-wide

En avant-première au BIFFF pas plus tard qu’hier, « Oblivion » est une adaptation du roman graphique également appelé « Oblivion » et également signé Joseph Kosinski, le réalisateur. Auparavant auteur donc, il a également travaillé dans la publicité, le jeu vidéo et les effets spéciaux. Son nom peut également vous rappeler quelque chose puisqu’en 2010, Disney fait appel à lui pour réaliser le plus gros remake de ces dernières années : « Tron » – toujours avec Jeff Bridges, mais avec 30 ans de plus.Tourné entre la Louisiane et l’Islande, le film se place dans la lignée des titres classiques de science-fiction, utilisant les codes et les postulats vus et revus dans le cinéma de genre, sans jamais vraiment surprendre le spectateur. Cependant, la beauté des paysages et de certains plans, sans doute expliqués par le passé du réalisateur, transporte là où il faut et fait oublier certaines faiblesses du scénario (Tom Cruise sauve l’humanité ? Oui, encore) et la bande-originale, signée M83 (après Daft Punk pour « Tron », le cinéaste aime définitivement la musique nos voisins) fait le reste.

En bref, un blockbuster qui ne nécessitera pas une grande réflexion et qui n’étonnera pas les fans de science-fiction, mais pour décompresser après une semaine de dur labeur, c’est bon aussi à prendre, parfois.