La Saga de la semaine : les zombies de Romero

Il y a quelques jours encore, lors de la sortie de « Warm Bodies » au cinéma, nous vous disions à quel point les zombies ont le vent en poupe dernièrement… Et particulièrement en temps de BIFFF !

Livres, comics, séries, films, jeux vidéos, coussins, gel douche (si, si), les morts-vivants ont décidément arrêté de terroriser les foules et tout le monde semble s’en donner à coeur joie. Ces créatures autrefois reléguées au second plan, faisant la part belle aux vampires (l’époque bénie commençant avec « Entretien avec un vampire » de Neil Jordan, invité d’honneur du BIFFF cuvée 2013 par ailleurs) sortent aujourd’hui de l’ombre et sont de plus en plus appréciés par le grand public.

Oui, mais, qu’est ce qu’un zombie? Plus exactement, quelle est la définition du zombie ?

Historiquement, le zombie est une créature issue du folklore vaudou. C’est un mort revenu à la vie grâce à la magie (ou, selon les croyances, la religion) et qui obéit à la personne qui l’a ressuscité. Une sorte de marionnette en putréfaction, en somme.

Si on veut rester cohérent, le premier film de morts-vivants est donc « White Zombie » de Victor Halperin, avec Bela Lugosi, sorti en 1932. Ce n’est que 36 ans plus tard que le zombie devient celui que nous connaissons aujourd’hui, grâce à « La nuit des morts-vivants », le tout premier film d’un certain George A. Romero.

George A. Romero va, sans le savoir, déterminer les caractéristiques du zombie tel que nous le connaissons aujourd’hui : un être, dans un état visible de décomposition avancé, revenu d’entre les morts et qui se nourrit irraisonnablement de chair humaine, contaminant chaque personne mordue, le condamnant à devenir un de ses pairs. Le zombie est un fléau pour l’humanité : dans un monde apocalyptique, des groupes de survivants se créent et évoluent ensemble, faisant face à des hordes de morts assoiffés de sang et de cerveaux.

Romero frappe fort dans une Amérique puritaine, qui sort tout juste de trois décennies de censure sous le code Hays. Pour rappel, c’est ce fameux code, appliqué de 1934 à 1966, qui imposait des principes généraux de « moralité ». Aucun film ne pouvait contenir, par exemple, ni séduction, nudité ou relations sexuelles, ni de vulgarité ou encore de blasphèmes.C’est cette Amérique qui reçoit ce petit film, qui évidemment s’embarque dans tout ce qui avait été interdit au cinéma pendant 30 ans : immoralité, violence… et héros noir.

Car le génie de Romero à ce moment-là, c’est d’injecter des idées politiques dans ses films, qui deviennent alors des oeuvres engagées et non uniquement des « films gores pour ado ». Dans « La nuit des morts-vivants », le personnage principal, Ben, un routier afro-américain, est utilisé comme un moyen de dénoncer le racisme encore très présent dans l’Amérique des années 60 – la ségrégation ayant, légalement, continué jusque dans les années 60. Par la suite, Romero garde les mêmes ingrédients pour toutes ses suites : du sang, des tripes, mais aussi une bonne dose de cervelle.

Pour « Zombie : le crépuscule des morts-vivants », l’action, placée au coeur d’un centre commercial, vise évidemment à critiquer la société de consommation. Vient ensuite « Le jour des morts-vivants » qui, en pleine guerre froide, met en opposition deux groupes de survivants qui choisissent, plutôt que l’entraide, de se battre pour leurs idées.

Ces trois premiers films, qui constituent les principaux volets de la « Saga des morts-vivants », constituent une grille de lecture intelligente de bon nombre de films « de genre » qui, sous leur aspect jugé souvent immature et inutile, cachent pourtant de belles réflexions et des partis pris intéressants.

Dans les années 2000, 20 ans après « Le jour des morts-vivants », Romero retrouve ses chers zombies avec trois nouveaux films qui viennent compléter la saga : « Land of the dead » (Le territoire des morts) en 2005, « Diary of the dead » (Chronique des morts-vivants) en 2008 et « Survival of the dead » (Le Vestige des morts-vivants) en 2010. Pour ces derniers, même si plusieurs niveaux de lecture sont encore possibles, ils sont toutefois moins marqués que dans les premiers films de la saga. On peut y voir là, semble-t-il, une conséquence des nouveaux budgets dont a bénéficié Romero grâce aux grands studios de production puisque les choix artistiques et scénaristiques des premiers films ont été surtout guidés par des contraintes financières. Ayant peu d’investissement, Romero et son équipe ont du user de techniques inventives et trouver des ressorts qui relèvent certes parfois du bricolage, mais qui confèrent une réelle identité à ces films. Cette aura manque clairement aux nouveaux films et les fans de la première heure n’y trouveront pas leur compte, mais restent tout de même d’une certaine qualité au vue de certaines productions actuelles.