ActuCiné : « Perfect Mothers », « Au Nom du Fils », « Une Histoire d’Amour » et « Inch’Allah »

Ce premier mercredi d’avril, une ActuCiné bien chargée puisqu’exceptionnellement, nous allons nous pencher sur 4 films, à savoir « Perfect Mothers », le nouveau film d’Anne Fontaine, « Au nom du fils » de Vincent Lannoo, « Inch’allah » d’Anaux Barbeau-Lavalette et « Une histoire d’amour » d’Hélène Fillières.

« Perfect Mothers » d’Anne Fontaine

Inséparables depuis le premier âge, Lil et Roz vivent en parfaite osmose avec leurs deux enfants, deux jeunes garçons à la grâce singulière et qui semblent des prolongements d’elles-mêmes. Les maris sont absents. Inexplicablement, et pourtant comme à l’évidence, chaque femme se rapproche du fils de l’autre, nouant avec lui une relation passionnelle.

A l’abri des regards, dans un Eden balnéaire presque surnaturel, le quatuor va vivre une histoire hors norme jusqu’à ce que l’âge vienne mettre un terme au désordre. En apparence, du moins…

Le film est une adaptation du roman de Doris Lessing, Prix Nobel de littérature, intitulé « Les grand-mères ». C’est le producteur Dominique Besnehard qui a fait découvrir ce livre à Anne Fontaine, qui a immédiatement été conquise par ce quatuor passionnel et presqu’incestueux, elle qui a jusqu’alors travaillé surtout les triangles amoureux.

Si le film est adapté d’un livre, le livre est lui-même inspiré d’une histoire vraie, soufflé par un jeune australien à l’auteure. Ami des jeunes héros, il avait été témoin de cette singulière relation. Loin d’être choqué, il a avoué à Doris Lessing avoir jalousé ses amis car il trouvait cette relation idyllique, et c’est justement sur ce point qu’a voulu jouer Anne Fontaine : réussir à envoûter le spectateur avec une histoire aux limites de la morale, tout comme l’a été ce témoin.

Sensuel et sulfureux, « Perfect mothers » a déjà fait sensation dans les festivals, et notamment celui de Sundance où il était présenté hors compétition : un groupe conservateur américain a exigé que le budget alloué au festival par le gouvernement soit revu à la baisse car il présentait des films « moralement douteux, en contradiction avec les valeurs familiale de l’Utah ».

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« Au nom du fils » de Vincent Lannoo

Quand une femme de foi, animatrice d’une tribune sur une station de radio catholique, dévouée à sa famille et à la souffrance du monde, est confrontée à la pédophilie des prêtres et au suicide de son fils, la croyance fait place à la rage et à la violence. Le silence de l’Église crée le chaos et le désespoir de ses brebis…

Présenté au FIFF et au BE Film Festival, « Au nom du fils » se présente comme une réponse choc du cinéaste belge suite aux nombreuses affaires des pédophilie de l’Eglise : « Faire ce film a répondu pour moi à un besoin« , raconte Vincent Lannoo, « celui de répondre au silence que je continuais à sentir : le silence de l’Eglise, le silence de la justice. Et comme toujours quand je suis indigné par quelque chose, j’essaye d’en faire un film »

Coécrit avec le canadien Philippe Falardeau (Monsieur Lazhar, Congorama), le film est décrit par Marceau Verhaege de Cinergie comme d’un Tarantino à la sauce belge : « On passe lentement de l’observation d’une famille BCBG, catholique bien pensante et sûre de ses valeurs à la traque sanglante d’une femme meurtrie, déboussolée et trahie par ceux en qui elle avait mis toute sa foi. Le ton oscille entre l’ironie acerbe d’une comédie sociale et la parodie jubilatoire. On y voit la transformation d’une bourgeoise confite de certitudes en furie vengeresse à la Kill Bill. Déboussolée, trahie par ceux en qui elle avait mis toute sa foi, la dame d’œuvre se transforme en Black Mamba. », écrit-il dans sa critique.

Avec ce « Au nom du fils » iconoclaste et jouissif, Vincent Lannoo n’a pas fini de faire parler de lui !

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« Inch’Allah » d’Anaïs Barbeau-Lavalette

Dans un camp de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, Chloé, jeune sage femme québécoise accompagne les femmes enceintes. Entre les check points et le mur de séparation, Chloé rencontre la guerre et ceux qui la portent de chaque côté : Rand, une patiente avec qui elle va rapidement se lier d’amitié et Ava, jeune militaire, voisine de palier en Israël. A leur contact, Chloé va progressivement remettre ses repères en question. Certains voyages font voler en éclats toutes certitudes. Pour Chloé, Inch’Allah est de ces voyages-là.

La jeune réalisatrice donne le rôle principal du film à la Palestine. Alors qu’elle découvre ce pays pour le tournage d’un documentaire, elle est comme happée par cette terre : « J’ai eu comme un appel, un réel coup de foudre, avec tout ce que ça peut avoir d’ambigu. Un mélange d’amour/haine, de fascination et de confrontation. J’ai décidé d’y retourner pour une plus longue période. J’y ai étudié la politique et l’arabe. Je m’y suis fait des amis »

Dans la même veine que l’excellent « Incendies » de Denis Villeneuve, dont nous vous parlions ici, Anaïs Barbeau-Lavalette s’intéresse aux conséquences personnelles et universelles que peut avoir une guerre : « À quel point un conflit qui ne nous appartient pas peut-il devenir le nôtre ? Au fur et à mesure, Chloé est avalée par la guerre. Elle ne peut pas rester simple témoin. C’est ce que j’avais envie d’exprimer. Dans un tel contexte, nos barrières de protection tombent. Nous ne sommes pas immunisés contre ça. La guerre n’appartient pas qu’aux autres ».

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« Une histoire d’amour » d’Hélène Fillières

Elle l’a rencontré un soir de printemps, elle est devenue sa maîtresse. Il lui a offert un revolver, elle une combinaison en latex. Imprudent, il lui a proposé un million de dollars. Insatiable, elle est venue lui rappeler ses promesses…

Premier long-métrage de l’actrice Hélène Fillières, « Une histoire d’amour » est inspiré du roman « Sévère » de Régis Jauffret, lui-même basé sur un fait divers : en 2005, un banquier est retrouvé mort à son domicile, habillé d’une combinaison de cuir. L’enquête aboutira sur la culpabilisé de sa maîtresse. Notons d’ailleurs que ce fait divers inspire de nombreux artistes puiqu’Olivier Assayas s’en était ouvertement inspiré pour son film « Boarding Gate », avec Asia Argento.

Si le narrateur du roman est féminin, le point de vue de son adaptation est masculine : « Ce qui m’a fascinée dans cette histoire, c’est le mystère de cet homme, et par là même le mystère des hommes en général », explique Hélène Fillières.

Assez rare que pour être précisé, l’auteur du roman est particulièrement fier et heureux de cette adaptation : « Hélène Fillières n’a pas fait une adaptation, elle a fait un film. Une création, une œuvre où elle s’est plongée tout entière (…) c’est le plus grand hommage qu’elle pouvait rendre à mon roman. »