Le film de la semaine : « Taxidermia » de György Pàlfi

En 2006, le cinéma hongrois et plus particulièrement György Pàlfi apporte au monde un OVNI monstrueux et fascinant, adapté de deux nouvelles de l’écrivain hongrois Lajos Parti Negy : « Taxidermia ».

L’histoire d’une famille sur trois générations, dans la Hongrie du XXème siècle. Un aide de camp, pendant la seconde guerre mondiale. Un champion hors norme, sous l’ère communiste. Un inquiétant taxidermiste, de nos jours.

Chacun a son obsession : le premier court après le sexe, l’autre après le succès et le dernier après l’immortalité.

György Pàlfi a travaillé sur « Taxidermia » en le traitant comme un film à sketches – tout en faisant émerger une histoire complète des 3 parties pourtant bien distinctes. Le réalisateur avoue être parti du modèle de la saga familiale tel qu’il a été défini par Thomas Mann : « en trois générations, le grand-père lance le clan dans le monde, le père porte la famille au sommet de la société et le fils renonce aux valeurs fondatrices de la réussite. Dans Taxidermia, ce schéma est repris, déformé, amplifié et bouleversé ».

Il y a donc le premier personnage, l’ainé de la « dynastie », Vendel. Aide de camp pendant la seconde guerre mondiale, tout son être semble écrasé sous le poids de son officier, qui lui donne à faire les pires corvées, dans le froid humide des plaines hongroises. Son personnage ne connaît plaisir et liberté que par le sexe – ou du moins les fantasmes. Si Pàlfi aime jouer avec les tabous et les limites du « montrable », il entre directement au coeur de la matière avec Vendel, tout en s’efforçant de bien dissocier le fond, somme toute parfaitement ignoble, de la forme très travaillée, qui confère aux images perverses une grâce et une aura particulière.

D’une relation sexuelle quelconque (avec une femme ou un animal, le mystère reste entier) naît Kàlmàn, le fils de Vendel. Sportif de haut niveau, son métier est d’ingurgiter le plus de nourriture possible en un temps record en rêvant des premières places du podium et de la gloire conférée aux champions. Il rencontre sa future femme grâce à ce métier hors norme et c’est de cette union que naît le troisième et dernier héros de ce film : Lajos.

Taxidermiste réputé, Lajos partage ses journées entre son travail, son père à la retraite qui a dépassé le stade de l’obésité morbide et une étrange machine, qui lui assurera ce dont il rêve le plus : l’immortalité.

Si les deux premiers personnages sont issus des nouvelles de Lajos Parti Negy, « Hullamzo Balaton » et « Fagyott kutya laba », le taxidermiste a été en revanche écrit par György Pàlfi lui-même, lui permettant de mettre le point final à la destinée singulière et surréaliste de ces trois hommes. Le sort de Lajos, l’artiste qui se prend pour Dieu, permet de clôturer parfaitement le film, sorte d’exploration du genre humain dans ses vices, sa chair, ses rêves, ses exagérations et ses limites.

« Taxidermia » est à la fois tout à fait naturaliste, fidèle aux faits historiques (l’évolution de la Hongrie depuis la seconde guerre mondiale à nos jours) et, au contraire, surréaliste et excessif. A vrai dire, le mot qui correspondrait le plus pour décrire le film est « grotesque », dans le sens premier du mot, à savoir un objet artistique qui illustre des sujets bizarres entourés d’ornements : c’est obscène, ridicule, drôle, effroyable et beau à la fois. D’un bout à l’autre, les scènes les plus abjectes sont montrées avec une telle élégance et telle splendeur que ça en devient provocant, malsain, nauséabond et enchanteur.

D’une créativité et d’une singularité rare, « Taxidermia » est, à l’image de ses personnages,  un film hors norme qui vous prendra aux tripes et repoussera vos limites.

Voir le film sur UniversCiné