Le film de la semaine : « Zazie dans le métro » de Louis Malle

Notre catalogue ne possède pas uniquement des titres récents, il détient également quelques perles du passé… Alors plutôt que d’écrire sur un film étant de près ou de loin lié à l’actualité, nous avons décidé de fouiller dans notre grenier pour vous ressortir un des « blockbusters » des années 60 !

Zazie

« Zazie dans le métro » est l’adaptation cinématographique du roman culte de Raymond Queneau. C’est en avril 1959 que le livre sort en librairie et, à la grande stupéfaction de son auteur, connait directement un énorme succès. A cette même époque, le cinéma est en train de vivre toute une série de changements et de renouveaux, avec notamment l’arrivée de la « Nouvelle vague ».  Il était dès lors logique que livre de Queneau provoque un réel attrait pour les jeunes cinéastes… et c’est Louis Malle qui obtiendra les droits et signera l’adaptation.

Tout d’abord, s’il y a une chose qu’il faut reconnaître au réalisateur, c’est qu’il n’a aucunement dévalué l’œuvre de Raymond Queneau. Bien au contraire, son film fait à la fois honneur au livre et à son auteur. Généralement, il est coutume de dire qu’un livre est toujours meilleur que son adaptation cinématographique, et que celle-ci est toujours un pari osé. Mais l’adaptation de Zazie dans le métro s’est révélée être un pari réussi pour Louis Malle. Bien évidemment, le passage du livre au film impose des changements inévitables, mais dans ce cas-ci, même l’auteur jugea positivement le film : « En même temps que je reconnais Zazie dans le métro en tant que livre, je vois dans le film une œuvre originale dont l’auteur se nomme Louis Malle, une œuvre à l’insolite et à la poésie de laquelle je me suis moi-même pris. » (extrait de L’Humanité)

En bref, Zazie dans le métro conte l’histoire d’une enfant de la province qui vient séjourner à Paris auprès de son oncle. Le but de son voyage est clair : elle veut prendre le métro ! Mais malheureusement pour elle, celui-ci est en grève… La « mouflette » devra donc improviser si elle veut visiter la capitale. A première vue, rien d’extraordinaire, mais derrière ce résumé se cache pourtant une aventure burlesque et totalement décalée !

Dans ce travail d’adaptation, l’un des grands exploits est d’avoir su traduire la vie, la joie et la poésie du roman. En effet, Louis Malle a joué avec les images comme Queneau jouait avec les mots, avec la même fantaisie et la même mécanique ! Il a su user des effets de styles et des différentes techniques de plans pour transposer la folie et l’énergie littéraire de l’auteur sur le grand écran. C’est donc les couleurs et son jeu de plans (faux raccords, répétitions, accélérations, ralentis…) qui ont permis de rythmer le film de manière à rappeler l’énergie incandescente de l’enfant. Plusieurs scènes sont d’ailleurs à souligner : la bataille de choucroute dans le restaurant, la course-poursuite en plein milieu des embouteillages, le cabaret… ! Mais cependant, les avis seront partagés et beaucoup diront que le réalisateur a poussé l’activité visuelle un peu trop loin, au point de frôler l’overdose. Il est vrai que peut-être certains spectateurs finiront étourdis à la fin du film, mais le principal n’est-il finalement pas qu’ils se soient amusés ?

Zazie

Le titre de l’œuvre nous rappelle les entrailles du métro parisien, son odeur de caoutchouc, sa chaleur humide et malsaine, et ses individus saugrenus que nous sommes susceptibles de croiser. Et dans ce paysage urbain, le casting s’est finalement révélé être à la hauteur : personne à part la jeune Catherine Demongeot ne pouvait mieux jouer le rôle de Zazie, cette enfant au langage si cru – balançant des « mon cul » à tout les coins de rues – mais pourtant parfois si naïve ! Louis Malle précisera d’ailleurs avec humour : « Que les bonnes âmes se rassurent, la petite fille (Catherine Demongeot) n’aura pas été pervertie par son rôle et son incursion dans le cinéma. Elle ne s’est jamais identifiée au personnage. Elle a vraiment « interprétée » son rôle avec une parfaite distanciation… Pour elle, Zazie est drôle, plutôt mal élevée, inutilement agressive tout en ayant raison… » (extrait du magazine Cinéma 60 n°51). Tout au long de son aventure, Zazie a bien sûr rencontré d’autres personnages plus pittoresques les uns que les autres – pour n’en citer que quelques uns : Philippe Noiret, Carla Marlier, Vittorio Caprioli – dévoilant ainsi à la caméra un spectacle tout à fait folklorique !

Zazie

Au final, ce désordre organisé provoquera chez beaucoup d’entre nous un véritable cyclone visuel et sonore. Mais après quelques minutes de répit, c’est avec un large sourire que nous finiront l’aventure !

Retrouvez « Zazie dans le métro »  dans notre catalogue UniversCiné

CR