« Fur, un portrait imaginaire de Diane Arbus » de Steven Shainberg

Nous connaissons tous les clichés de Diane Arbus, artiste exceptionnelle qui, à elle seule, représente la photographie américaine des années 1960-70. Nous avons tous vu ce cliché, aussi célèbre qu’étrange, de ces jumelles parfaitement identiques. De ce « géant juif dans son salon ». De ces travestis, ces handicapés, ces « monstres de foire ». Toutes ces personnes qu’on regarde du coin de l’oeil, gêné, et que la société a mis de côté ; Diane Arbus, elle, les met à nu sous son objectif. Ce que nous savons peut-être moins, c’est qu’avant de devenir cette icône, Diane Arbus travaillait dans la mode. Styliste pour son photographe de mari, ils ont travaillé main dans la main pour Glamour, Vogue et Harper’s Bazaar. Un univers lisse, précis, chic, à mille lieues de laisser présager un changement de direction si radical.

Que s’est-il passé dans la vie de Diane Arbus ? Qu’est ce qui a poussé l’enfant née dans une famille bourgeoise et la petite épouse si parfaite à tout quitter pour devenir l’artiste qui a révolutionné la photographie ? Là est tout le propos de « Fur : un portrait imaginaire de Diane Arbus ».A sa manière, Steven Shainberg (qui avait précédemment réalisé « La Secrétaire » avec Maggie Gyleenhaal) tente de donner une explication, mais pas n’importe laquelle : elle est fantasmée, et probablement très loin de la stricte réalité. Aucune lumière n’est faite sur le bouleversement réellement vécu par Diane Arbus. Le réalisateur, qui a grandi avec des clichés d’Arbus accrochés dans la maison familiale, apporte simplement sa vision, tente de décortiquer les émotions qui auraient pu pousser cette femme à devenir cette telle artiste. Il ne faut donc pas considérer le film comme une tentative de biographie à proprement parler, mais, comme son titre l’indique, comme un « portrait imaginaire ».

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Shainberg nous dresse donc le portrait (imaginaire !) de Diane Arbus, ici interprétée par Nicole Kidman, femme bon chic bon genre vivant dans les beaux quartiers de New-York avec son mari et ses deux filles.Un soir, elle aperçoit l’emménagement de son nouveau voisin. Les déménageurs, qui portent des objets tous plus étranges les uns que les autres, sont suivis par le nouveau propriétaire des lieux : un certain Lionel (Robert Downey Jr), mystérieux homme masqué…Pour le réalisateur, c’est cette rencontre en particulier qui signe le point de départ du processus. Diane, subjuguée par cet homme, ressentira le besoin viscéral de faire sa connaissance et sera à jamais transformée. La petite bourgeoise si étriquée dans son rôle de mère et d’épouse parfaite semble se sentir revivre au contact de Lionel dès le premier regard.

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En un battement de cil, les deux personnages se comprennent, se retrouvent en osmose. Il y a une étrange alchimie entre Diane et Lionel – ils se construisent, peu à peu, une relation qui a quelque chose de transgressif, de passionnel, d’animal.Une relation toute en retenue, d’une douloureuse sensualité tellement la tension amoureuse est poussée à son paroxysme.Tel un Pygmalion des temps modernes, Lionel aide Diane à trouver son moi réel, celui qui ne lui a été dicté par aucun code, par aucune loi tacite des gens de bonne famille – il l’initie à l’étrange, au bizarre, redéfinie ses contours de la norme et l’aide à trouver sa voie. A devenir Diane Arbus.Au final, « Fur : un portrait imaginaire de Diane Arbus » parle avant tout d’un bouleversement, d’une rencontre, d’émotions, et surtout d’une histoire entre deux personnages. Diane Arbus avait pour habitude de nouer un lien tout particulier avec ses modèles, qui devenaient ses amis, ou ses amants. Le film montre simplement l’une de ces rencontres. La première. Ou du moins, celle qui aurait pu être la première.Le film dégage la même aura qu’un cliché de Diane Arbus : tantôt envoutant, tantôt dérangeant, il ne laisse en tout cas pas indifférent.

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