Interview de Bouli Lanners pour « Les Géants »

Le meilleur du cinéma indépendant est sur UniversCiné !

Nous avions rendez-vous avec Bouli Lanners à la fin du mois d’aout pour parler de son nouveau film, « Les Géants », qui fera l’ouverture du 26ème FIFF. Sur le lit de la chambre d’hôtel où il nous recevait, sa célèbre casquette était posée juste à coté d’un costard bien plié. C’est toute l’humilité et la singularité du cinéaste qui se trouvaient résumées dans cet assemblage décalé. Bouli Lanners, ouvert et anxieux à quelques semaines de la sortie de son film en salles, n’a pas hésité à nous parler en profondeur de son cinéma. Nous vous donnons rendez-vous le 12 octobre pour découvrir « Les Géants » dans les salles. En attendant, vous pouvez (re)découvrir sur UniversCiné les deux précédents films du cinéaste, « Ultranova » et « Eldorado ».

Comment est née l’idée des « Géants » ?

La première fois que j’ai pensé à faire « Les Géants », c’est à la suite d’une rencontre avec des adolescents, un peu par hasard. L’un deux était à moto, paumé, l’autre cherchait absolument à boire et voulait m’acheter une bouteille d’eau. J’ai donc passé du temps avec eux. Touché par cette double rencontre, j’ai décidé d’en faire un film, ce qui me permettait de parler en même temps de l’adolescence. C’est vraiment le point de départ absolu des « Géants ». Après, j’ai voulu travailler au cœur de ce thème sans le prendre de haut, le filmer dans toute sa fragilité et montrer la dureté qu’il peut exister dans la confrontation entre ce monde-là et le monde adulte.

Au même titre que vos précédents films,  « Les géants » reste une œuvre personnelle. Quelle part de vous-même avez-vous investi dans l’histoire ?

A côté de cette rencontre fortuite, il y a évidemment une

grande part personnelle qui reste liée à la pratique du cinéma d’auteur. Ici, je n’ai pas vraiment été puiser dans ma propre histoire. Ma famille était unie et équilibrée bien que, pour ma part, j’ai vécu une adolescence plutôt chaotique. Il y a quand même des éléments très personnels, comme par exemple le désir de s’évader et ce rapport essentiel avec la nature.

Tous vos films semblent déterrer quelque chose qui vous tient à cœur, une sorte de souvenir secret, pour mieux lui dire adieu.

Oui, il y a un peu de ça. Je crois que je vais chaque fois réveiller quelque chose inconsciemment. Après trois films, je commence à retrouver certaines récurrences. C’est un peu comme si j’effectuais ma propre psychanalyse. Alors oui, effectivement, mes films sont peut-être une sorte d’adieu que je fais à certains événements qui ont marqué ma vie. C’est bizarre, j’essaie de comprendre ce sentiment. C’est justement durant ces derniers mois que je me suis rendu compte de cela, depuis Cannes en fait. Quand j’écrivais mon prochain film, j’ai retrouvé exactement cette dimension. Au départ, je ne cherche pas à l’exprimer, il s’agit d’un processus inconscient qui finit par habiter les histoires que je cherche à raconter.

Est-ce que l’écriture est la dimension la plus importante à vos yeux ?

Je ne cesse d’écrire et de réécrire mes films, parfois même jusqu’au mixage ! Ce n’est pas quelque chose de fulgurant. Au contraire, ce travail est plutôt fragmenté, déstructuré. Il y a toujours une structure qui sert à trouver un financement et qui permet d’organiser le tournage. Mais après la matière devient beaucoup plus malléable. Il n’y a pas une ligne fixe qu’on respecte à la lettre. Le processus de création est très bizarre, très impalpable.

La suite de l’entretien sur UniversCiné !