« Michael », l’un des plus beaux films de l’année ?

Projeté il y a quelques jours à l’Age d’or, l’étonnant Michael de Markus Schleinzer se révèle encore plus fort, plus ambigu et plus ouvert que jamais. Il convient de donner suite à notre premier texte en insistant sur quelques points fondamentaux, et cela pour éviter tout malentendu autour du film, que nous espérons voir en salles dans les prochains mois.

Michael est sans doute le film le plus audacieux réalisé ces derniers temps. Il s’aventure dans des marécages pour en ressortir sans une égratignure. Si le film ne prend pas l’eau, c’est parce qu’il réussit à parler d’un sujet universel – la complexité humaine – au départ d’un sujet sulfureux qu’il n’exploite jamais en sa faveur. Schleinzer ne cherche jamais à choquer ni à profiter de son propos (pour rappel : la pédophilie) pour en mettre plein la vue au spectateur. Le cinéaste choisit pourtant un angle d’attaque original et, il faut bien le dire, risqué : montrer la face humaine, terriblement humaine, du pédophile.

Dès l’instant où cet homme commence à nous ressembler, la confusion s’installe. Schleinzer chercherait-il à nuancer le visage du monstre ? Inviterait-il le spectateur à relativiser ses actes ? Il ne faut surtout pas se méprendre sur la volonté et la santé mentale du cinéaste. Car c’est tout l’inverse qui se produit : Michael confronte le spectateur avec sa propre humanité, son propre quotidien, sa propre face cachée. Comme la fin le suggère, chacun d’entre nous possède une porte secrète derrière laquelle gît notre part d’ombre.

Michael fait absolument tout comme nous : il va faire ses courses, il part en vacances, il a ses habitudes… Il veut surtout être un père modèle qui fait des batailles de neiges avec ses gosses et offre des cadeaux à Noël. Une nouvelle fois, une mauvaise interprétation des intentions du cinéaste rendrait son propos douteux. Le portrait de Michael est tout sauf indulgent ; il est au contraire pathétique et critique envers son personnage, comme lors du séjour à la montagne ou dans la scène du souper, horrible et ridicule à la fois.

Ces dernières années, un lieu commun du cinéma contemporain s’est installé en se fondant sur une nouvelle éthique : il ne faut pas juger les personnages ; c’est un travail qui doit être laissé au spectateur. Or, cette morale s’avère dangereuse pour ce type de film. Si plus aucun jugement n’est émis par le réalisateur, on se retrouve avec des films qui banalisent le mal, ou du moins qui tentent d’en replacer la signification par delà le sort des « victimes ». Le cinéma est bien le lieu d’un questionnement, il doit déjouer les facilités et le simplisme, mais si ce questionnement se réalise sans écarts esthétiques, sans une véritable distance critique et filmique, l’entreprise peut très vite tourner au ridicule.

En posant un regard pathétique sur son protagoniste principal, Michael évite ce piège sans tomber dans le manichéisme et en laissant au spectateur le soin de s’approprier l’histoire. C’est un geste d’autant plus fort puisque l’œuvre s’assume comme une sorte de miroir qui s’adresse directement au public. Au fond, la pédophilie n’est pas le sujet de Michael. Il s’agit plutôt de notre vanité, de notre refus de voir la part monstrueuse qui se loge en chacun de nous. Ne pas prendre le film à la lettre est donc une nécessité.

Guillaume Richard

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