Génie de Hong Sang-Soo

Hong Sang-soo revient déjà avec un nouveau film : le superbe « The day he arrives », qui apporte une nouvelle touche à l’œuvre inimitable du cinéaste coréen.

Un an seulement après avoir gagné le prix Un certain regard avec le formidable « Ha ha ha », le très singulier cinéaste coréen Hong Sang-soo revient (déjà !) avec un nouveau film, ou plutôt devrait-on dire un nouveau chapitre à son œuvre extraordinaire. « The day he arrives » est un peu un conte d’hiver, à la fois léger, comme toujours, et mélancolique. Résolument mineur dans la filmographie du cinéaste, il n’en demeure pas moins important pour nouer les films entre eux et prolonger la grande histoire du quotidien que nous raconte Hong Song-soo depuis son premier film.

Peu importe les sujets et le contexte, le cinéaste coréen signe toujours un grand film. Son style est inimitable, fait de zoom, d’épuration, de changement de rythme ; le tout conjugué au plus que parfait. En effet, un personnage de Hong Sang-soo revient toujours sur son passé comme quelque chose de fini mais qui dure dans le temps, comme une occasion manquée qui obsède, ou un souvenir que l’on réveille pour mieux en goûter l’amertume et l’ivresse.

En effet, telle est la grammaire cinématographique d’Hong Sang-soo, dont voici quelques exemples : « si j’avais été un mec plus sérieux, je serais resté avec cette fille » ou « si je le pouvais, je revivrais ces moments éternellement ». Un narrateur raconte toujours ce type d’histoire avec autant de légèreté que de mélancolie. Car, au bout du compte, le cinéaste célèbre plus l’ivresse du passé qu’il ne la regrette.

Hong Sang-soo est certainement un héritier de Rohmer, on le sait. Mais cette filiation est quand même différente à plusieurs niveaux. Là où Rohmer cherche l’instant de grâce et la transcendance de ses personnages, Sang-soo, lui, épure l’action pour toucher au quotidien pur, immanent, où la seule ivresse révèle la vérité des protagonistes. Bien sûr, les deux cinéastes partagent un intérêt commun pour les mots et le marivaudage, mais Rohmer dépeint le monde intérieur des personnages tandis que Sang-soo filme les artifices des relations humaines.

« The day he arrives » contient tous les ingrédients du génie d’Hong Sang-soo : une mélancolie douce-amère, un humour pince sans rire décapant, des personnages plongés dans l’incertitude, plusieurs niveaux de sens et un regard unique porté sur le quotidien. Le cinéaste ne cherche jamais à répondre aux attentes de son spectateur. Au contraire, on ne sait pas comment il fait pour atteindre une telle perfection dans la description. L’improvisation côtoie une connaissance approfondie de la nature humaine. Qu’on ne se trompe pas : il faut avoir travaillé très dur pour réussir à faire des films comme ceux-ci.

Simple comme bonjour, le cinéma de Hong Sang-soo, qui voit chaque année s’ajouter un nouveau chapitre, est la plus belle nouvelle que le cinéma asiatique, voire mondial, ait donné ces derniers temps. On attend donc avec impatience les prochaines aventures de ces paumés ivrognes et de ces femmes sensibles aux mœurs légers. Définitivement, c’est dans le trivial et l’anodin que s’expriment les plus grandes choses.

Guillaume Richard