Quinzaine des réalistateurs – « Blue Bird » de Gust Van Den Berghe



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Après Petit Bébé Jésus de Flandr, Gust Van Den Berghe revient à la Quinzaine des Réalisateurs avec Blue Bird, monochrome bleu. Il reste fidèle à son style, un univers un peu fou et décalé et nous propose un voyage initiatique.
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A la base de Blue Bird, le nouveau film de Gust Van Den Berghe, il y a la pièce du même nom de Maurice Maeterlinck. Le conte de l’écrivain belge raconte l’histoire de deux enfants défavorisés à qui une fée rend visite pour leur proposer un défi : ils doivent retrouver son oiseau bleu pour soigner une petite fille. La fée leur offre une clé magique qui leur donne accès à des mondes invisibles où ils retrouveront leurs grands-parents morts, leur petit frère qui n’est pas encore né, etc.

Van Den Berghe conserve les grandes lignes narratives du texte de Maeterlinck sans reprendre la fée et sa clé magique. Ainsi, la fable fantastique n’est pas immédiatement assumée. Ce qui fait indiscutablement la singularité artistique du film, c’est le ton bleu monochrome avec lequel le réalisateur décide de filmer. Pourquoi utiliser un filtre ? Ce procédé stylistique plutôt dérangeant se justifie pourtant esthétiquement : le cinéaste joue le rôle de la fée et ouvre les mondes invisibles aux seuls spectateurs.

Libre donc à ceux-ci de s’approprier le conte et de l’interpréter à leur façon. Van Den Berghe rejoue habilement l’histoire en Afrique afin d’y greffer des problèmes contemporains. Où vont les enfants qui vont naître, invités par un guide spirituel un peu fou à monter dans un camion qui les mènera à leur naissance ? En Europe ? Dans un camp de prisonnier ? Et que représentent le corps étalé au bord de la route et les guerriers bouffons sensés protéger la forêt ?

Mais, avant tout, Blue Bird est un beau film sur l’enfance. Il a d’abord le mérite de montrer une Afrique « normale », humaine, à mille lieues de l’idéologie humanitaire victimaire où chaque enfant meurt de faim. Certes, il ne faut pas non plus nier le problème… Van Den Berghe retrouve l’innocence du regard d’un Idrissa Ouedraogo par exemple, avec son magnifique Yabaa. Il oppose le monde adulte et les découvertes de l’enfance avec justesse. De plus, le cinéaste fait appel à l’enfance du spectateur : nous devons nous souvenir de notre enfance, et réapprendre à voir avec nos yeux de ce temps-là, au risque de se perdre dans le monde fou des adultes.

Après Petit Bébé Jésus de Flandr, Gust Van Den Berghe confirme son talent et laisse entrevoir un énorme potentiel. Il devrait signer, dans l’avenir, les plus beaux films belges. En effet, sa maîtrise du cadre, du regard et de la durée sont impressionnantes. Nous attendons avec impatience les prochaines aventures de ce cinéaste qui réussira sans doute à épurer encore plus style pour atteindre ce qu’il cherche depuis ses débuts : l’essence des choses et, surtout, leur innocence.

Guillaume Richard