Cannes 2011 – « Arrêt en pleine voie » d’Andreas Dresen

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Les festivaliers en ont eu pour leurs émotions ce dimanche avec la présentation, dans la section « Un certain regard », de l’émouvant Arrêt en pleine voie d’Andreas Dresen, le réalisateur allemand de Septième ciel.

Franck apprend qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau incurable. Il sait qu’il va mourir et doit l’annoncer à ses enfants, et plus spécialement à son fils de 10 ans. A partir de ce point de départ, Andreas Dresen mène le spectateur là où il n’aurait jamais penser aller : dans les derniers retranchements de la vie d’un homme transformé, charcuté, par la maladie. Le film porte bien son nom. Il s’agit bel et bien d’un monde qui s’écroule alors qu’il était sur une rampe de lancement. La petite famille venait d’acheter une maison, la fille ado commençait à briller en natation…

Sur toutes les possibilités qu’offrait ce synopsis, Dresen a choisit la plus belle de justesse et de sensibilité. Il prend le soin d’éviter les moments de joie où le malade, l’espace d’un instant, reprend goût à la vie en disant que « celle-ci est merveilleuse et doit être vécue à chaque instant ». Au contraire, lorsqu’on pense qu’il va réciter le cliché des clichés, il laisse planer des points de suspension. Lorsqu’on pense que Frank revit,c’est toujours avec un pointe d’amertume. Il se trompe, fait l’inverse ce qu’il devrait faire…

Dresen ne fait aucune concession au sentimentalisme. Pourtant, c’est un film émouvant, bouleversant même, mais qui réussit à distiller les sentiments quand il le faut, sans en faire trop. Le cinéaste s’arrête au moment où la situation sonne faux. Un petit détail vient toujours rééquilibrer la balance. C’est pourquoi les émotions attendues ne font pas basculer le film dans une série de numéros visant à « obliger » le spectateur à « pleurer ». Dresen travaille plutôt chaque détail pour que l’ensemble, au bout du compte, finisse par s’imposer lentement dans le cœur du spectateur.

On ne le dirait pas comme ça, mais derrière ses allures de film « réaliste », Arrêt en pleine voie trace une ligne de conduite implacable. Une scène ratée et c’est l’œuvre entière qui s’écroule. Filmer le quotidien de la maladie avec une telle justesse relève d’un travail d’orfèvre. Il faut en effet une grande maîtrise, une sensibilité hors norme et un œil fin pour réussir à ne pas tomber dans les pièges que tend un sujet aussi difficile.

Avec Arrêt en pleine voie, Andreas Dresen finit de s’affirmer comme l’un des principaux chefs de file du nouveau cinéma allemand. En même temps, il réalise un des plus beaux films jamais tourné sur les derniers mois d’un homme malade. Bouleversant, intelligence, justesse : rien ne manque à ce cauchemar éveillé qui, on l’espère, pourra être vu par le plus grand nombre.

Guillaume Richard