Quinzaine des réalisateurs : « The Island » de Kamen Kalev

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Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, le second film du cinéaste bulgare Kamen Kalev étonne par sa liberté créative et son propos très actuel. Un véritable ovni qui questionne l’identité dans le chaos du monde contemporain.

Il est impossible de parler de The Island sans en dévoiler les tours de passe-passe sur lequel il repose. C’est pourquoi nous sommes tenus de ne rien dire sur ses incroyables renversements narratifs, sous peine de dissiper la magie du film et de gâcher le plaisir aux futurs spectateurs. En tout cas, entre banalité et coup de bluff, The Island s’impose comme un tour de force créatif qui interroge la nature l’identité humaine dans un monde où les frontières entre l’imaginaire, le fantasme et la réalité ne sont plus étanches.

L’histoire en deux mots : A Paris, Sophie et Daneel, la trentaine, vivent une histoire d’amour fusionnelle. Sophie décide d’organiser un voyage-surprise en Bulgarie. Daneel refuse de partir, mais Sophie insiste. A leur arrivée, elle découvre la raison des réticences de Daneel : il est né et a grandi là-bas dans un orphelinat. Le film est complètement inintéressant dans sa première demi-heure, se confondant presque avec la mode des « téléfilms » mystérieux dont les chaines de télé raffolent aujourd’hui.

Et puis, des petits événements se produisent, sans qu’on comprenne en la signification. Ils entrainent le couple dans une spirale jamais vue au cinéma. Traditionnellement, une bonne série B (modèle sur lequel se calque au début Kamen Kalev) repose sur un récit qui passe d’un point A à un point B en altérant la situation des personnages. C’est à nouveau le cas, mais la « recomposition » de l’univers est ici tout à fait inédite. Au lieu de s’engouffrer dans une crevasse, le couple nage à la surface des apparences. La bonne vieille crise existentielle à la base de beaucoup de série B est réinventée dans une expression nouvelle.

Le film divise, c’est un fait. Certains le trouvent vain, opportuniste, vide. Pour ma part, j’ai trouvé cet essai passionnant malgré son côté un peu lisse. Quoi qu’il en soit, les questions que pose The Island nous concernent tous. Qui sommes-nous réellement dans un monde où la subjectivité ne cesse de se projeter et de s’identifier sur ce qu’elle n’est pas ? Qui peut dire « je » alors que nous avons tous rêvé, un jour, d’être quelqu’un d’autre ?

Guillaume Richard