Cannes 2011 – Quinzaine des Réalisateurs : « Porfirio » d’Alejandro Landes

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Dans une petite ville à la périphérie de l’Amazone, Porfirio, un homme cloué à une chaise roulante, après avoir pris une balle perdue dans le dos, vend des minutes de téléphone portable pour gagner sa vie et s’ennuie dans un espace confiné, passant le plus clair de son temps entre sa chaise et son lit et dépendant de son fils et da sa petite amie, comme un enfant de ses parents.

Les premières séquences, donnant à voir les difficultés de l’infirme à effectuer les tâches les plus essentielles du quotidien, dont ses besoins naturels, font craindre le pire. Mais très vite, une empathie se crée entre le spectateur et ce personnage attachant, et le voyeurisme redouté disparaît tandis que le handicap passe au second plan pour faire surgir l’humain au premier.

Porfirio est un homme comme nous, un père aimant, un amoureux transi. Seul son aspect physique l’empêche d’avoir une vie normale. Mais qu’est-ce que le physique, quand une identification à un personnage se fait de manière si douce, si humain ?

Attaché malgré lui à son appartement, Porfirio sert ironiquement de lien vers l’extérieur aux gens qui viennent lui acheter des minutes de portable. Dans l’enceinte de ces quatre murs, des moments de vie sont capté, le lien entre le spectateur et le personnage se renforce. Imperceptiblement, le questionnement de Porfirio sur sa situation commence à apparaître au fil des séquences. Cet homme diminué à cause d’une balle perdue tirée par un policier, sent croître en lui la révolte contre un Etat qui rechigne a lui payer les indemnités qui lui sont dues. Lorsque cette révolte sous-jacente se met à côtoyer des envies d’ailleurs, d’extérieur, le particulier rejoint l’universel, tandis que Porfirio quitte son intérieur pour le plein air.

C’est bien en plein air que se situera le dénouement de l’intrigue, et l’apogée de la révolte rentrée de Porfirio, mais en lieu et place de l’explosion finale escomptée, la fin inopinée retourne comme une crêpe les attentes du spectateur et parvient à surprendre, à émouvoir et à faire rire, le tout en une seule séquence. Un véritable tour de force concluant en beauté une œuvre allant crescendo dans l’émotion retenue.

L’histoire est encore plus belle lorsque l’on vous dit au débotté que Porfirio Ramirez joue son propre rôle dans ce film entre documentaire et fiction. Et qu’en 2005, il a tenté de détourner un avion pour que l’état lui verse enfin l’argent qui lui revenait de droit. C’est cette histoire que raconte le film. C’est cette histoire qui est résumée dans la dernière scène. C’est cette histoire, bien réelle, qui fait de Porfirio un grand film.

Thibaut Grégoire