Cannes 2011 – Compétition officielle : « Polisse » de Maïwenn

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Pour son troisième film, après le remarqué Pardonnez-moi et le plébiscité Bal des actrices, Maïwenn continue d’explorer son style hybride, dans lequel la fiction est constamment contaminé par une veine documentaire.

En suivant le quotidien des agents de la Brigade de Protection des Mineurs (BPM), Maïwenn livre le fruit d’une longue documentation sur le sujet et enrobe son travail dans une sorte d’autofiction dont elle a le secret. En résulte un film choral épisodique, où chaque affaire traitée par la Brigade, et chaque histoire personnelle des « polissiers », apparaît comme un tableau, une partie d’un tout foutraque et se voulant libre avant tout.

Le gros problème de cette entreprise de prime abord sympathique est que ce mélange de genres est loin d’être homogène et que la partie « documentée » est esthétiquement, et idéologiquement, plus proche des reportages de TF1 que d’un documentaire digne de ce nom. L’autofiction en remet également une couche dans le registre « pauvre artiste maudite qui découvre la vie », cette fois-ci dans un contexte autrement plus lourd que l’univers glamour du Bal des actrices. Ce narcissisme se révèle ici totalement déplacé.

Autre problème majeur : l’absence constante de distance avec le sujet abordé et les choses filmées. Le film témoigne d’une incapacité totale de la réalisatrice à faire la part des choses entre ce qu’elle vit et ce qu’elle filme, ce qui est particulièrement embêtant lorsque l’on traite de faits réels. Maïwenn fonctionne à l’instinct et laisse s’exprimer son mauvais goût en filmant l’infilmable– la scène du fœtus est en cela particulièrement répugnante.

Au fur et à mesure que l’intrigue (si l’on peut appeler cela ainsi) avance, tous les clichés attendus sur la délinquance juvénile, la pédophilie, ou la police elle-même, sont passés en revue. L’absence de réel fil narratif renforce la désagréable impression de voir des extraits de reportages mis bout à bout, dans un style passe-partout, dénué de point de vue.

Soutenue par des acteurs au jeu globalement solide – même si des doutes subsistent quant à la crédibilité de Marina Foïs et Karin Viard en flics de choc – Maïwenn met sans cesse ces derniers dans des positions inconfortables, telles que de nombreuses scènes d’engueulades dignes des pires moments de la télé-réalité.

Alors que Le Bal des actrices avait emballé par sa fraîcheur et son insouciance, le mélange des genres se révèle ici hasardeux et déplacé. Le manque de considération éthique vis-à-vis de ce qui est filmé et l’incroyable démagogie de certaines scènes finissent de rendre le tout nauséabond.

Il subsiste malgré tout un point positif dans le tableau bien noir qui vient d’être dressé : l’interprétation instinctive de Joey Starr, qui livre une prestation admirable de bout un bout, apportant à son rôle de flic dur au cœur tendre toute la crédibilité nécessaire. Dommage que cet envol d’un acteur doive s’accompagner de la chute d’une réalisatrice.

Thibaut Grégoire