Festival de Cannes 2011 : la révélation « Spleeping beauty »

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Présenté en compétition officielle, « Sleeping beauty », le deuxième film à être montré aujourd’hui sur la croisette, se situe au croisement de « Salo ou les 120 journées de Sodome » de Pasolini et du récent « Canine » de Yiorgos Lanthimos, tout en proposant une autre manière de voir les problèmes contemporains de l’identité, des limites et des aliénations du capitalisme. Affirmons-le tout de suite, le premier film de Julia Leigh est bien plus qu’un coup de poker : il marque la naissance d’une très grande cinéaste dont le film restera, sans aucun doute, parmi les plus marquants de 2011.

L’histoire en deux mots : suite à une petite annonce, une étudiante fauchée intègre un étrange réseau où elle offre son corps à une bourgeoisie décadente… Au premier coup d’œil, on pouvait craindre l’énième caricature de la décadence humaine qui ne recule devant aucun effet de complaisance. Or, c’est tout le contraire qui se produit. Leigh fait preuve d’une pudeur remarquable, presque intimiste, où l’errance physique et mentale de l’héroïne est traitée avec une distance étonnante.

En effet, loin d’être cru et vulgaire, « Sleeping Beauty » étonne par son habilité, sa maîtrise du cadre et sa patience à cerner la complexité d’une jeune femme prisonnière de son propre univers. En réinventant le conte de « La belle au bois dormant », la réalisatrice dessine le destin d’une princesse des temps modernes qui va réapprendre à voir et à vivre. C’est pourquoi l’horreur, le dégoût, sont traités avec autant de distance. Leigh offre une seconde naissance à son actrice, tant dans le film qu’en dehors. Emily Browning, qui est encore l’affiche de « Sucker Punch », est impressionnante et ne craque pas devant la difficulté de son rôle.

« Sleeping beauty » renvoie autant à la question des limites du corps et de l’esprit qu’à l’aliénation de la société.  Il est au fond question de la reconquête de la subjectivité et du renversement des valeurs établies pour entrer dans une nouvelle ère. Le film ouvre cette voie en laissant le soin au spectateur de la construire. Le film est un lent électrochoc qui, au lieu de durer 1 seconde, s’étale sur 1h40. On en ressort bouleversé, tant par la cohérence esthétique du film que par la lente transition qui le mène de l’amertume à la beauté sublime d’une révélation poétique. Par moment, on est pas loin des deux derniers films de Manoel de Oliveira.

Il est difficile de parler du film sans en dévoiler les moments clés. C’est pourquoi nous laisserons encore planer le mystère autour de ce petit chef d’œuvre dont nous vous reparlerons au moment de sa sortie en salle. Il est en effet annoncé en Belgique à l’automne et sera distribué par Imagine film distribution. A ne manquer sous aucun prétexte !

Guillaume Richard