« Cave of forgotten dreams » de Werner Herzog

Cave of forgotten dreams est le nouveau film de Werner Herzog. Après le très hollywoodien Bad Lieutenant, le cinéaste allemand s’aventure dans la grotte de Chauvet à la découverte des peintures rupestres. Et le tout en 3D !

Le public connaît surtout Werner Herzog pour des films aussi célèbres qu’Aguirre, la colère de Dieu ou Fitzgarraldo. Plus récemment, le cinéaste allemand a dirigé Nicolas Cage dans Bad Lieutenant, l’énigmatique remake du film d’Abel Ferrara. Mais, à côté de cette carrière sous le feu des projecteurs, Werner Herzog vit comme un véritable aventurier, ne reculant devant aucun défi. Ainsi, sa filmographie compte de nombreux documentaires, tous aussi surprenants les uns que les autres : Grizzly Man, La route du temps, Encounters at the end of the world

Herzog se définit lui-même comme un aventurier et un arpenteur de mémoire. En tant que documentariste, il filme les derniers instants d’une vie en train de disparaître. Par exemple, lorsqu’il s’aventure au bout du monde à la rencontre d’un peuple primitif ou lorsque il monte les vidéos personnelles d’un demi-fou vivant avec des ours, il sait que ceux-ci vont être aspirés par la mondialisation. De nos jours, il est devenu interdit d’être différent. Les traditions se perdent au profit des standards de la consommation de masse. Au fond, le cinéma de Werner Herzog ne parle que de ce principe : il célèbre la différence et la grandeur comme autant de marques d’une vie qui résiste à la mort et à la disparition.

Il n’y a donc rien d’étonnant à voir Herzog se plonger dans la grotte de Chauvet à la recherche de nos origines. Les peintures rupestres offrent à celui qui les contemple l’étrange impression de retrouver l’essence brute de l’humanité. Plus que de simples peintures, ces parois ornées restituent la véritable nature du geste artistique. Elles mettent l’homme face à lui-même et lui pose cette question : où vas-tu ? Plusieurs milliers d’années nous séparent de ces peintures mais rien n’a changé. Picasso disait lui-même que l’art abstrait avait déjà été inventé à Lascaux.

Pour ce film, Herzog a utilisé la 3D. Par simple souci de faire un buzz commercial ? Absolument pas. Pour ceux qui ont déjà visité Lascaux et Chauvet, deux caractéristiques invisibles sur les photos frappent d’emblée le visiteur immergé dans ces grottes magiques et irréelles : le mouvement et le relief. Ces peintures vivent, elles s’arrachent des parois pour danser virtuellement autour de nos têtes. Les artisans de l’époque avaient d’ailleurs peints leurs figures sur les plis et les courbes de la roche afin d’accentuer le relief.

Un constat étonnant répond ainsi à celui de Picasso : les grottes préhistoriques proposaient déjà un art en « 3D ». A l’instar de l’art abstrait, les peintures rupestres avaient déjà inventé et imaginé la 3D. Werner Herzog ne peut donc que rendre justice à cette création préhistorique ! Cave of forgotten dreams raconte à la fois l’histoire de l’humanité et l’histoire du cinéma. Tout a commencé, tant pour l’une que pour l’autre, par un mur noir où s’animent des figures magiques. L’avènement de l’humanité, c’est-à-dire le moment où une conscience réflexive est apparue, et l’art, qui n’est autre que cette aptitude à représenter le monde, ont tous les deux pris leur source dans cette possibilité de remplir le vide et de créer une rupture dans la continuité de la vie.