The myth of the American Sleepover

Depuis une dizaine d’années, le « teen movie » s’est imposé comme un genre phare du cinéma américain. On ne compte plus les films qui mettent en scène des pom-pom girls délurées, des geeks accros au sexe ou des jeunes premiers séduisants mais incapables de s’assumer. Le « teen movie » fait école, surtout aux USA, et il y a ceux qui respectent les codes et ceux qui s’en servent pour explorer la complexité de l’adolescence et cerner les difficultés du passage à l’âge adulte.

The myth of the Amarican Sleepover, le premier et beau film de David Robert Mitchell, fait sans conteste partie de cette deuxième catégorie. L’histoire repose pourtant sur une structure maigrichonne. C’est la dernière nuit de l’été pour Maggie, Rob, Claudia et Scott. Les quatre adolescents espèrent y trouver le grand frisson : celui des premiers baisers, premiers désirs et premières amours.

Soyons honnête : on a reproché au film d’être mortellement ennuyeux et trop banal ; ce qui n’est pas faux par moment. Mais au-delà de cet obstacle, David Robert Mitchell réussit tout de même à dresser un magnifique portrait du passage à l’âge adulte. Il cerne l’adolescence dans ses moments mélancoliques et éphémères, surtout lorsqu’il arrive à rendre compte de cette petite touche d’extraordinaire qui se distille dans l’ordinaire. Car, en fin de compte, n’est-ce pas cela que l’on garde en souvenir de l’adolescence: une suite d’instants irréels où tout nous semble parfait ?

C’est ce qui arrive à Maggie, Rob ou Scott. Ce dernier tombe amoureux d’une jolie blonde qu’il recroisera dans le « couloir de l’amour ». Il pourra l’embrasser mais refusera. Rob, quant à lui, est déjà entré à l’université. Mais il n’arrête pas de penser à une des jumelles avec qui, l’année précédente, il aurait pu sortir et qu’il décide de retrouver durant cette dernière nuit. The myth of the American Sleepover articule tous ces petits instants anodins, mais inoubliables, qui ne manqueront pas de résonner dans l’intimité et les souvenirs du spectateur. Ces morceaux de vie éparpillés permettent à celui qui les vit de s’accrocher à l’existence.

Car c’est peut-être cela qu’évoque le « mythe » auquel fait référence le titre du film : solides comme la roche, indémodables, inoxydables, ces moments qui s’enracinent au plus profond des personnages (et des spectateurs) finiront un jour par résister au passage du temps. Ces instants magiques tendent à devenir des mythes, les mythes de nos propres vies mais aussi ceux de la société toute entière. C’est durant ces « american sleepover » que l’on devient un homme et que, malgré tout, on finit par affirmer son identité dans le chaos de l’adolescence.

The myth of the American Sleepover n’est peut-être pas un grand film, mais il a le mérite de rendre sensible cet aspect qui concerne tout le monde. On est loin d’un « teen movie » immonde tel que le récent Easy A. Sous ses allures de film anticonformiste (une ado coincée fait semblant de coucher avec tout le monde dans un collège ultra-catho !), Easy A synthétise en réalité toutes les inspirations conservatrices et hypocrites dont souffre trop souvent le « teen movie ». En effet, la fille qui joue l’allumeuse (et qui n’a rien d’une geek puisqu’elle est canon !) a horreur du contact physique et finira dans les bras… de son amour d’enfance. Ou comment la critique du conservatisme finit hypocritement par se plier aux choses qu’elle prétend dénoncer….

Trop de « teen movies » s’inclinent sous l’idéologie dominante alors que le genre a toutes les cartes en main pour la renverser. C’est pourquoi il faut saluer The myth of the American Sleepover qui, malgré ses défauts, apporte non seulement de nouvelles lettres de noblesse au genre, mais aussi, et surtout, un véritable regard universel et intemporel sur la jeunesse. Ce film la regarde tout comme il regarde le monde.

Guillaume Richard