« Hors-la loi » de Rachid Bouchareb

A travers le destin de trois frères séparés par la vie et réunis par la guerre, Rachid Bouchareb dessine le portrait global d’un épisode de l’Histoire et de la manière dont il fut vécu selon les individus.

Au départ, il y a trois frères, trois personnages, trois archétypes : le militant, le héros de guerre et le proxénète ; en quelque sorte, le bon la brute et le truand. La comparaison n’est pas anodine, quand on sait que Bouchareb cite volontiers Sergio Leone comme référence ultime pour ce film, qu’il conçoit comme une grande fresque épique. Plus que Le bon, la brute et le truand, c’est Il était une fois dans l’Ouest qui s’impose pour lui comme un modèle à suivre. Hors-la-loi explore en effet des voies narratives proches de celles du film de Leone et partage avec celui-ci la même ambition de dépeindre en toile de fond les balbutiements d’une nation en devenir.

En choisissant de lier le récit de l’indépendance de l’Algérie à celui de trois frères et en y injectant le thème des liens du sang, Bouchareb élabore une parabole aux allures de tragédie grecque. Jusqu’où est-on prêt à aller pour défendre sa famille ? Jusqu’où est on prêt à aller pour défendre son pays ? En mettant en parallèle ces deux questions, il place son film dans une sorte d’équilibre instable entre l’histoire qu’il raconte et l’Histoire qu’il évoque, tout en étant de plein pied dans la fiction.

On sait malheureusement quelle polémique stérile le film avait provoqué avant même sa projection au festival de Cannes et, s’il est bien entendu que le battage médiatique fait autour d’un faux débat soulevé par quelques politiques avides de publicité, il n’est en outre pas anodin de constater que ce film ait provoqué une sorte de brouillage entre ce qui relève du domaine de l’art, de la culture, et ce qui relève stricto sensu de la politique.

Nous sommes en effet face à un film ayant clairement une ambition didactique et populaire, dans les sens nobles de ces deux termes. Si le film est intrinsèquement une fiction par la forme qu’il revêt – une fresque familiale dans la plus pure tradition du genre – il flirte avec des sujets susceptibles d’interpeller les historiens et les politiciens, tout en voulant justement mettre ces sujets à portée d’un public plus large, celui qui va voir des fictions dans les salles, et même celui qui regarde les fictions à la télévision.

L’ambition populaire qu’à le film est en cela la plus noble qu’il soit puisqu’elle est essentiellement du domaine de l’éducation. Le film vise à informer, voire à sensibiliser les gens à une partie de l’histoire peut-être méconnue, peut-être trop rarement soulevée, tout en gardant son statut d’œuvre fictionnelle – et même de divertissement –, et en ne tombant jamais dans la propagande.

Thibaut Grégoire

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