Interview de Bent Hamer

Ce mercredi 15 décembre sort Home for Christmas, du norvégien Bent Hamer. Nous l’avons rencontré à lors de sa venue à Bruxelles. Une occasion également de revenir sur ses précédents films: Eggs, Kitchen Stories et O’Horten.

Vouliez-vous faire un véritable conte de Noël, avec Home for Christmas ?

Dans le livre, l’action se déroulait avant Noël, et j’ai décidé de re-concentrer toute l’action sur les quelques heures du réveillon de Noël. Je peux toujours dit que tout était dans le livre, mais je ne sais même pas si l’auteur du roman lui-même avait l’intention de raconter une histoire de Noël. A mon avis, c’est plus une question de relations humaines, mais placer la période de Noël, comme enjeu dramaturgique, recadre un petit peu toutes ces relations et les fait coexister. C’est une période où les gens sont réunis, par familles, ou à l’Eglise, ou dans des abris, à cause du froid…. Ce n’est pas un conte de Noël au sens strict car les personnages du film auront toujours les mêmes problèmes une fois Noël passé.

Home for Christmas est un film-choral. C’est la première fois que vous réalisez ce type de film. Etait-ce une envie que vous aviez ?

Non, je n’avais ni l’intention de faire un film de Noël, ni celle de faire un film-choral, mais cela s’est imposé à moi. Au début, j’étais sceptique à l’idée de faire ce film, car j’avais peur que l’on ne puisse pas s’intéresser assez longuement à tel ou tel personnage, et que, au bout du compte, cela ne soit pas réussi. Mais j’ai fini par voir ce projet comme un défi de faire une espèce de mosaïque narrative. J’ai aussi assez vite décidé de ne pas trop forcer pour que les histoires s’imbriquent les unes aux autres. Il y a eu des films de ce type où tout semble si parfait, ou toutes les histoires finissent par s’accorder les unes aux autres, de manière à ce que l’on n’y croie plus du tout. Je voulais juste que les histoires se frôlent et que les connexions soient subtiles. Mais faire un film de cette manière, quand ça fonctionne, est vraiment une expérience très intéressante.

Vous avez également choisi de raconter l’histoire de façon non-linéaire…

Il y avait 12 histoires différentes dans le livre et j’ai choisi d’en faire fusionner quelques unes. J’ai aussi ajouté le prologue – qui est un flashback – et l’épilogue, qui encadrent le film et lui donnent cette impression de déstructuration narrative. J’ai l’habitude de m’intéresser à des petites histoires, qui se cantonnent à un ou deux décors – comme Kitchen Stories –, et là, je me suis ouvert à une multitude de décors, et de lieux. Je pense que c’est lié à l’esprit de Noël également. C’est une période de l’année où on a tendance à universaliser les choses. C’est pour ça que j’ai inclus ces flashbacks, qui se passent dans les Balkans.

Avez-vous été influencé par le cinéma anglo-saxon, pour ce film ?

Non, pas vraiment. Je suis inspiré par plein de choses. J’ai étudié le cinéma pendant longtemps, mais je pense être plus influencé par la littérature que par les films.

Est-ce que le cinéma burlesque a malgré tout été une source d’influence, pour des films comme Eggs, Kitchen Stories ou O’Horten ?

Non, pas du tout. J’ai même l’impression d’être à l’opposé de cela. Mais il y a des cinéastes que j’admire, tels que Jacques Tati ou Buster Keaton, qui ont été catégorisés comme burlesques et qui sont tellement plus que cela. Mais même si j’apprécie le travail de beaucoup de cinéastes, je n’ai vraiment pas l’impression que c’est ce qui m’influence le plus.

Dans la plupart de vos films, on retrouve souvent un personnage qui se voit contraint de changer ses habitudes et sa façon de vivre ? Est-ce là votre thème de prédilection ?

Il me semble que la dramaturgie de mes films est très atypique et que je ne suis pas de modèle en particulier. Mais pour faire une bonne histoire, il faut toujours un changement. C’est toujours intéressant de mettre un personnage dans une situation qui ne lui est pas familière, ou tout simplement d’opérer un tout petit changement dans la mécanique bien huilée de sa vie, et d’observer ses réactions.

La solitude et le temps qui passe sont également des thèmes récurrents dans vos films…

Quand j’ai fait mon premier film, Eggs, j’ai beaucoup pensé à ça. Peu de réalisateurs ont fait des films sur des personnes âgées. J’ai moi-même vécu longtemps avec mes grands-parents et j’avais vraiment envie de faire un film sur les personnes âgées, mais je trouvais également qu’il y avait quelque chose d’humoristique à en tirer. A l’époque de Eggs, j’étais un jeune réalisateur et, en faisant ce film, j’ai aussi beaucoup réfléchi à ce sujet. Par la suite, j’ai continué à explorer cette voie, et ça m’a permis de travailler avec des acteurs expérimentés. La solitude fait également partie de mon imaginaire poétique.

Quelle importance accordez-vous aux images en tant que telles, dans vos films ?

Je pense que les films que je fais me permettent de réellement composer les images. J’aime beaucoup cela. Si j’étais meilleur dessinateur, j’aurais sûrement été peintre. Mais cela dépend du style de films que l’on fait. J’aime à penser, comme tous les réalisateurs, que je suis capable de réaliser toutes sortes de films différents, et peut-être que, si je réalisais un thriller, par exemple, je ne m’y prendrais pas de la même manière.

Vous considérez-vous comme un observateur de votre époque et de votre pays ?

Si vous posiez cette question à des Norvégiens, je crois que la plupart d’entre eux vous répondrait que non, que les Norvégiens ne sont pas tous comme les personnages de mes films, et ils auraient sans doute raison. Mais d’une certaine manière, je pense que j’ai saisi quelque chose de la façon d’être des Norvégiens, et plus généralement de la nature humaine.

Propos recueillis par Thibaut Grégoire pour UniversCiné

 

 

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