« Mardi, après Noël » de Radu Muntean, en salle le 22 décembre

Un retour s’impose afin de compléter notre premier article sur le film lors de sa présentation au FIFF.

Un malentendu accompagne le cinéma de Radu Muntean depuis ses débuts. Certains ont fait volontiers de lui le porte-parole de la nouvelle bourgeoisie roumaine qui s’est installée après la dictature de Ceausescu. Il est vrai que Boogie, son précédent film, porte un malaise assez évident : un père de famille en plein doute s’envoie en l’air avec une prostituée lors de ses vacances au soleil. Dans la lignée de Boogie, Mardi, après Noël affine le propos. Cette fois-ci, ce même père de famille est amoureux d’une autre femme. Quel est l’intérêt de ces deux histoires ? Que disent-elles à propos de la Roumanie contemporaine ?

Là ou Boogie échouait avec un propos maladroit, Mardi, après Noël l’emporte haut la main. Le brouillon mal exécuté a donné naissance au chef d’œuvre. Ce qui fait la force du film, comme dans tout le cinéma roumain contemporain (l’un des plus fascinants au monde), c’est l’entrelacement de la petite et de la grande Histoire. Les faits se déroulent la veille de Noël, justement au moment où, 20 ans plutôt, la dictature tombait. Ce rapport n’est pas anodin : Mardi, après Noël est un film sur la révolution qui n’a jamais été pleinement réalisée. Muntean invite son spectateur, qu’il soit roumain ou non, à faire sa propre révolution personnelle, sentimentale et existentielle.

Pour les personnages du film, le nouveau mode d’existence libéral offre encore des contraintes individuelles assez fortes. Le vieux monde et les fantômes de la dictature n’ont toujours pas disparus. Il faut tracer sa voie contre tous les modèles de vie aliénants, envers et contre tout. Bien sûr, le film emprunte un chemin étrange : pourquoi la révolution doit-elle passer par le fait de quitter sa famille pour aller vivre avec une autre femme ? Boogie s’est complètement planté sur cette réflexion, tandis que Mardi, après Noël est un grand film d’amour qui laisse encore, de manière admirable, certaines portes ouvertes (cf : notre autre article sur le film).

Il faut donc choisir de quel côté on est. Ou bien on juge le film écœurant (Boogie peut l’être, à coup sûr), ou bien on le considère comme un chef d’oeuvre « progressiste » et profondément révolutionnaire, au même titre que les meilleurs films roumains récents. Nous pencherons pour la seconde alternative tant le film frappe par sa lucidité, ses différents niveaux de sens et sa capacité à avoir le dernier mot sur la grande Histoire. Mardi après Noël ne montre que la vérité de ceux qui, au final, font et subissent l’Histoire : le peuple.

Guillaume Richard

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