Exit through the gift shop de Banksy

Un sentiment a été partagé par beaucoup de spectateurs à la sortie du premier film de Banksy, Exit through the gift shop : « c’est faux ! ». En effet, comment un artiste aussi singulier et inattendu que Banksy aurait pu faire un documentaire classique, simple et convenu sur le Street Art ? Le film suit deux personnages, d’une part l’exubérant Thierry Guetta, alias le futur Mr. Brainwash, et d’autre part, Banksy, dont l’identité restera masquée. Guetta se découvre, non sans ironie de la part du cinéaste (mais qui est vraiment aux commandes du film ?), une passion pour le Street Art et décide de se lancer dans le milieu et de rencontrer la « star », Banksy. Voilà pour le pitch. La suite est beaucoup plus complexe.

Car qui filme qui et dans quel sens ? Qui est le cinéaste et qui est l’acteur ? Les deux protagonistes inversent sans cesse leur rôle, et on finit par douter de la véracité de Thierry Guetta. Déjà, son nom sonne comme une absurdité et renvoie, bien évidemment, au DJ star dont il pourrait être la caricature parfaite. Humour banksyen par excellence… Ensuite, la manière dont ce Guetta est « illuminé » par le Street Art est tellement moqueuse que ce détail sonne presque comme un indice ! Il passe pour une groupie qui connait, comme par hasard, Space Invaders, un autre artiste célèbre du genre. Si mes souvenirs sont bons (ce que je doute, car j’ai vu le film il y a quelques mois), il y aurait un autre street artiste dans sa famille ou son cercle de connaissance. Bref, cet humour absurde et réjouissant est marqué par la patte inimitable de Banksy…

Sur Internet, beaucoup de potins circulent sur le film, et les hypothèses les plus diverses ne manquent pas :

– Thierry Guetta est Banksy.

– Thierry Guetta fait partie d’un collectif géré par Banksy.

– Thierry Guetta n’existe pas et n’est qu’un fake qui sert à se moquer du monde et du marché de l’art.

-Thierry Guetta existe vraiment et serait un artiste à part entière (succès mondial, etc.).

Nous penchons pour la première hypothèse, voire la seconde. Ces images d’archive qui transmettent la fièvre créative et libertaire du Street Art ne peuvent pas avoir été filmées par un simple admirateur passionné et arriviste. Banksy parle d’abord de lui, de son parcours, de ses origines et de son amour pour la subversion politique. Peut-être aussi est-ce l’histoire des deux facettes de Banksy, des deux forces qui le travaillent ; sur ce qu’il est d’une part, et sur ce qu’il est devenu malgré lui d’autre part.

Soit, ces suppositions restent de l’ordre de l’hypothèse. Exit through the gift shop ne donne aucune résolution et reste film-énigme pour le spectateur. Thierry Guetta, qui devient dans la deuxième partie du film Mr.Brainwash, semble d’abord être un avatar qui sert à se moquer du marché de l’art. En effet, ses tableaux sont jugés « nuls » par les street artistes : ce sont des œuvres ultra maniérées qui singent l’art contemporain en rajoutant encore une couche sur ses clichés. Mais Mr.Brainwash remporte un succès incroyablement populaire. Toute l’ironie du film et l’humour de Banksy atteignent leur sommet quand, devant ces simulacres horribles, le public le plus cultivé s’extasie et tombe dans le piège tendu par le véritable créateur (Banksy donc) !

Bref, Exit through the gift shop est un « faux documentaire » génial qui remet aussi bien en question les pratiques du documentaire que les codes de l’art contemporain. Tout est faux et vrai en même temps, car c’est autant un pamphlet dont seul Banksy a le secret qu’un témoignage riche et complet sur le Street Art et le milieu artistique. Grâce à un humour pinçant à plusieurs degrés, des scènes d’anthologie et une philosophie profondément libre, Exit through de gift Shop s’impose comme l’un des événements de cette fin d’année.

Guillaume Richard