« Jack, the Balkans and I » de Sergej Kreso : Retour vers l’essentiel

Comment une pop star belgo-congolaise prônant l’amour plutôt que la guerre et brandissant ses dreadlocks en guise de symbole de paix se retrouve le fusil à la main, en plein conflit serbo-croate ? C’est ce qu’essaye de se figurer Sergej Kreso, quinze ans plus tard, en compagnie du principal intéressé, son ami Jack Roskam.

Sergej Kreso, bosniaque exilé aux Pays-Bas retourne dans son pays d’origine pour retrouver son ami, son frère noir de peau, l’ancien guitariste Jack Roskam. N’ayant pas foulé sa terre natale depuis plus de quinze ans, Kreso retrouve Jack et celle-ci le cœur serré. Les deux hommes se serrent la main comme s’ils s’étaient quitté la veille, mais Jack reste sur ses gardes, il semble avoir conscience que son ami est là en tant que réalisateur, et qu’il va tenter de l’exorciser, de faire sortir de lui des souvenirs et des regrets.

Doucement mais sûrement, l’homme commence à se raconter, à évoquer ses débuts, ses amours, sa musique…. Approchant subrepticement du sujet sensible qu’il est venu aborder avec lui, Kreso met Jack sur une autre piste, celle de l’amitié. En le faisant reprendre contact avec ses anciens amis, membres du groupe Galija qui fit sa gloire, il touche la corde sensible qui donne libre cours à l’épanchement de l’homme sur les heures noires de son passé.

Embarquant son sujet dans un périple très cinématographique – nous sommes bel et bien dans un road-movie – à travers les grands espaces de l’ex-Yougoslavie, le réalisateur l’emmène sur les traces du passé. Se remémorant la guerre avec des trémolos dans la voix mais ne voulant jamais en parler directement de front, Roskam élude la question tout en l’évoquant au travers de son parcours, de sa musique, de ses rencontres. Fredonnant un air populaire avec un vieil ami ou improvisant un bœuf avec un autochtone mélomane, Roskam invoque de par son itinéraire et par l’intermédiaire de sa vision artistique des choses, toute l’histoire d’un pays.

Lorsqu’il retourne sur les lieux de ses concerts triomphaux ou lorsqu’il retrouve pour de bon ses compagnons d’armes … musicales, Jack a retrouvé l’essence de ce qui l’a poussé à prendre part à un des plus grands conflits de ces vingt dernières années : l’amour.

Thibaut Grégoire pour UniversCiné

Découvrez « Jack, the Balkans and I » en VOD sur UniversCiné.be !