25ème FIFF – « Mardi, après Noël » de Radu Muntean : La fin qui change tout

Parler de Mardi, après Noël sans évoquer la fin du film est impossible. En effet, c’est dans le dernier plan que tout le sens du récit prend une tonalité différente. Pour des raisons qu’on ignore, quelque chose d’autre, qui n’a rien à voir avec le déroulement des évènements jusqu’alors racontés, se met en place. C’est un peu comme si le film, l’espace d’un instant, se transformait en un autre film qui serait à faire. Paul est marié avec Adriana depuis 10 ans. Ils ont une fille, une voiture, un appartement et semblent encore s’aimer. Paul entretient également une histoire avec Raluca, une dentiste de 27 ans qu’il a rencontrée 6 mois plus tôt. Paul aime les deux femmes, mais lorsqu’elles se rencontrent par hasard, il doit prendre une décision.

Attention Spoiler (des éléments de l’intrigue vont être dévoilés)

Qu’est-ce qu’il y a donc de si exceptionnel dans cette fin ? Paul choisit de rompre avec sa femme pour aller vivre avec Raluca dont il est fou amoureux. Il annonce alors à sa femme qu’il a eu relation avec elle et qu’il a décidé de la quitter. Il s’en suit alors un règlement de comptes superbement sobre et maîtrisé où le couple décide, posément, de se séparer. C’est mardi, après Noël, que les choses vont définitivement changer. Mais, avant ce jour fatidique, la « famille » se rend chez les grands-parents pour fêter Noël. La petite fille veut absolument recevoir ses cadeaux. On sonne à la porte pour réciter des chants religieux. C’est l’occasion idéal de mettre les cadeaux sous le sapin.

C’est alors que l’impensable se produit. Enfin, impensable est un grand mot. Pendant que Paul dispose les cadeaux, Adriana va dans son sac pour chercher le petit paquet qu’elle a apporté. Paul revient dans le corridor. Et, là, Adriana, dans son dos, tend son cadeau à Paul par une pirouette qui montre que, malgré tout, une grande complicité unit encore les deux futurs ex-mariés. Rien ne préparait à un tel dénouement. Pourquoi cette complicité, tout à coup, entre ces deux êtres qui en sont venus à se détester ? Ce geste microscopique indique que leur histoire est loin d’être terminée.

Voilà, c’est tout bête, c’est anodin, mais c’est à la fois tellement grand et si bien pensé qu’on ne peut qu’admirer une telle scène. Mardi, après Noël est un film conçu comme une totalité. Il se compose de nombreux plans-séquences et joue habilement avec la suggestion et les non-dits. C’est ce type d’écriture cinématographique qu’on demande à voir plus souvent. Avec ce genre de film, on se dit que le cinéma a encore de beaux jours devant lui (pour ceux qui en douteraient encore).

Guillaume Richard