25ème FIFF – « Kafka au Congo » et « Black diamond » ou comment les dompteurs de foule sont rois

Nous n’avons pas encore suffisamment parlé du documentaire, genre pourtant très présent cette année au FIFF. Deux films assez proches traitent tous les deux du même sujet  : celui du chaos de l’Afrique et des foules domptées par les imposteurs. Qu’entendons-nous par là ? Qu’est-ce que ces films donnent à voir et à comprendre au sujet du continent noir ?

Le chaos est le sujet de Kafka au Congo. Quand, dans un pays, plus rien ne va et que ses institutions sont incapables de fonctionner, le champ se libère pour les crapules. Les deux cinéastes reprennent l’affaire Bahati Lukwebo, ce politicien accusé d’avoir détourné des millions de dollars pour son propre intérêt. Alors qu’il est discuté et sifflé par ses pères, l’homme distribue des billets de 200 dollars (sic) à la foule dans le but de conserver son poste. Dans ces moments-là, Marlène Rabaud et Arnaud Zajtman apportent un témoignage exceptionnel sur la situation politique et humaine au Congo.

Black diamond reprend le même fil rouge. Quand la misère et l’illettrisme règnent, celui qui apporte la bonne parole sera capable de dompter la foule. Ici, ce ne sont plus seulement l’argent et le pouvoir qui constituent les moyens les plus efficaces pour régner, c’est le football. Celui-ci devient véritablement l’opium du peuple. Tout un système mafieux transforme en marchandise des centaines de gosses apprentis footballeurs. Tel est l’envers du décor. Et que penser des scènes où Didier Drogba et ses coéquipiers se trémoussent sur un terrain avec, en voix off, le récit d’une mère dont l’enfant a été envoyé au casse-pipe à l’étranger ? Lamche ne prend jamais parti. Elle est, bien sûr, indignée par ce qu’elle voit, mais elle restitue aux spectateurs l’objectivité des faits pour lui laisser la liberté d’exercer son jugement. Règle cruciale d’un bon documentaire. (Nous publierons l’interview de Pascale Lamche, la réalisatrice, d’ici peu).

La mosquée, dont nous vous parlions précédemment, ne dit pas non plus autre chose. L’artifice, ce qui brille, ce qui attire le respect, finit toujours par étendre son emprise sur le plus grand nombre.

Guillaume Richard