25ème FIFF – Premier week-end à l’américaine

Léger anachronisme ou réelle tendance ? Ce premier week-end au FIFF se clotûre étonnament par une déclaration d’amour innatendue : c’est l’Amérique qui occupe, de près ou de loin, les écrans namurois. Cette constatation n’est nullement une critique ou un constat amer. L’amérique, son rêve, son spectre, sa mécanique fictionnelle infaillible, hantent et fascinent une partie des films sélectionnés.

Dès l’ouverture déjà, nous vous en parlions ci-dessous, Illégal reprenait le rythme éffréné des thrillers américains, auquel s’ajoute une tradition mélodramatique typiquement US (on pense aux combats d’Erin Bronckovitch, de Monster et j’en passe). Olivier Masset-Depasse nous a confirmé, non sans surprise, cette parenté souterraine. Illégal a-t-il d’emblée mis carte sur table ? Annonçait-il la couleur du festival ? Il faudra rester attentif à ce marriage étrange et imprévisible.

Pégase, Les amours imaginaires, Simon Werner a disparu et Robert Mitchum est mort : quatre titres profondément habités par le prisme de l’amérique. Le premier, un film marocain réalisé par Mohamed Mouftakir et présenté en compétition cantillon, rassemble tous les aspects du thriller psychologique américain. Plus proche du blockbuster que du film d’auteur, Pégase ne choisit pas son « clan ». Dans ses meilleurs moments, il offre un plaidoyer fort pour la liberté des femmes. Par contre, lorsque le film chavire dans le « thriller psychologique », c’est le spectateur qui est laissé sur le bord de la route avec, en gise de compagnon, une bouillie d’explications incompréhensibles.

L’appel à l’Amérique dans le très attendu second film de Xavier Dolan est plus discret. On situerait plutôt ses influences du côté de la nouvelle vague française à laquelle il rend un hommage visiblement sincère. Cependant, le très beau personnage féminin intercalé entre un amour platonique et une amitié bon enfant, incarne l’égérie américaine par excellence. L’idée géniale de Dolan est d’adapter son apparence (ses tenues, son style, sa manière d’être) aux goûts du demi-dieu grec dont elle est folle amoureuse. Véritable polymorphe, la belle aux formes généreuses suscite, par un geste ou un regard, tout un background du jeu d’acteur américain, de l’âge classique (qu’elle incarne trait pour trait) en passant par la femme libre des années 70.

Dans Simon Werner a disparu, par contre, la référence est indiscutable. Elle se situe dans la structure même du film. Fabrice Gobert nous a d’ailleurs confié (riche interview à suivre prochainement) qu’il a cherché à filmer des adolescents qui se réfugient dans la fiction américaine. Ses influences sont claires : Van Sant, John Hughes et le teen movie US. Etrangement, il utilise cette dernière référence de manière négative. En effet, Gobert dénonce le formatage du genre pour mieux en éclairer les zones d’ombre et les parts d’inconnue. Ce beau film qui divise l’opinion s’impose tout de même comme l’un des meilleurs films français de l’année. Nous y reviendrons.

Les amours imaginaires et Simon Werner a disparu posent la même question : Où en est l’imaginaire de la jeunesse d’aujourd’hui ? Leurs réponses sont à peu près les mêmes : les adolescents s’aventurent dans la fiction. C’est ce désir d’histoire, de cinéma et d’émotions « bigger than life » qui animent les personnages des deux films.

Enfin, Robert Mitchum est mort, dont le titre sonne comme un spleen dédié à une amérique perdue dont on cherche à raviver le mythe, finit par entériner, en beauté, ce premier week-end namurois très américain. Arsène et Franky s’embarquent dans un voyage en Norvège pour y rencontrer un producteur américain et monter un film… Ce road-movie à la mélancolie burlesque et aux personnages attachants s’avère être une bonne surprise. Le film s’enracine dans les « clichés » américains par excellence : le rock, le western…

Bien entendu, il n’y en pas eu que pour le spectre américain. Hier, nous vous parlions avec enthousiasme de Marieke Marieke, film belge et « 100% francophone », auquel peut s’ajouter le surprenant Sans queue ni tête de Jeanne Labrune, avec un non moins surprennant Bouli Lanners campant… un psychanaliste ! On pouvait craindre le pire mais, au final, Labrune déjoue nos attentes et réussit à nous émouvoir là où on ne l’attend pas. Sans queue ni tête devient alors le récit d’une brève rencontre qui n’a jamais vraiment eu lieu. Avec ces airs de film convenu, Sans queue ni tête s’impose, grâce à la furtivité de son récit, comme l’un des plus beaux films de ce début de festival, au même titre que Marieke Marieke.

Guillaume Richard