25ème FIFF – « Jo pour Jonathan » de Maxime Giroux

Jo pour Jonathan

Un sentiment de déjà-vu accompagne le second film du québécois Maxime Giroux, Jo pour Jonathan. Le cinéaste donne l’impression de reprendre sagement les filons traditionnels du cinéma d’auteur réaliste. Un jeune garçon mal dans sa peau, planqué dans l’ombre de son frère, commet des délits et recherche le sens de sa vie. Thème mille fois vu et revu. Cependant, Giroux insuffle à son histoire un ton personnel et singulier. Il scinde son film en deux parties bien distinctes. Chacune correspond à une sensibilité différente, un peu comme si elles exprimaient plusieurs facettes de la personnalité de l’auteur.

La première partie se concentre sur les errements de Jo. Entre le vol à la tire et les courses de voitures interdites, le jeune homme cherche sa place dans le monde. Giroux ne cherche jamais à exposer lourdement les causes de l’attitude du jeune garçon. Ce n’est pas l’absence des parents qui incite Jo à s’égarer, mais bien plutôt un questionnement intérieur, l’incertitude qui le traverse de part en part. Tout ça, vous allez me dire, est bien classique.

Sauf que Jo pour Jonathan trouve le ton juste et la bonne distance pour exprimer cette solitude intérieure. Dans la deuxième partie, la déflagration intime est poussée jusqu’à son ultime retranchement. La caméra arrête toute narration. Elle suit, comme un témoin qui ne voudrait pas être là, les pas de Jo qui s’enfoncent dans l’abîme. L’émotion surgit alors à chaque geste, à chaque mouvement des personnages.

Et puis, il y a cette trouvaille assez fantasque, que nous ne révèlerons pas. Elle s’impose sans trop forcer ni dénaturer la patiente construction du film. Ni trop, ni trop peu, elle reste, avant tout, une énigme que le spectateur pourra rejouer indéfiniment dans son esprit. Jo pour Jonathan est l’un des films les plus puissants que le cinéma québécois ait proposé au FIFF ces dernières années, loin devant Polytechnique.

Aisheen

Ce documentaire de Nicolas Wadimoff avait, sur papier, tout pour séduire. Pari à moitié réussi. En filmant les palestiniens de la bande de Gaza, Wadimoff nous fait découvrir leur quotidien de victime. Et c’est justement là que se situe le problème : jamais le film ne donne l’impression qu’une résistance s’organise après le désastre. C’est pourtant ce que voudrait nous faire croire Wadimoff.

Dans Notre musique, Jean-Luc Godard orchestrait une double opposition corrélative : Israel/Palestine et fiction/documentaire. Israël ayant toujours droit à la fiction, tandis que la Palestine héritait du documentaire. Par là, Godard voulait dire que ce sont toujours le même régime d’image, les mêmes discours et les mêmes émotions qui accompagnent la représentation de la Palestine. Une image devient par là une « image juste », et non « juste une image ». Il ne dit pas qu’il faut interdire les documentaires sur la Palestine. Godard invite plutôt à renverser les coordonnées du visible pour que les palestiniens, eux aussi, aient droit à la « fiction ».

Or, Wadimoff s’enferme dans un cadre strict : les palestiniens qu’il a choisi de filmer se considèrent d’abord comme des victimes.  Ainsi, ils prononcent plusieurs fois le mot martyre. Aisheen devient alors une œuvre humanitaire qui appelle à la compassion et à l’indignation. A quel spectateur Wadimoff s’adresse-t-il ? Combien de fois ne franchit-il pas les limites de la bienséance ? Par exemple, lors de cette scène où des dizaines de personnes s’agglutinent les unes sur les autres jusqu’à frôler le drame. Pourquoi aborder aussi « naïvement » un sujet aussi complexe ?

A côté de cela, le film a le mérite de montrer une réalité que nous ne connaissons pas. Mais de quelle réalité s’agit-il ? Qui sont vraiment ces gens que nous voyons à l’écran ? Qu’est-ce qu’il y a au-delà de cette parole convenue et, comme le dirait Godard ou Rancière, territorialisée ? Le documentaire est un art complexe. Combien l’ont abandonné en voyant que l’intégrité et la vérité des hommes et des femmes filmés étaient bafouées ?

Guillaume Richard