Ouverture du 25ème FIFF : Illégal d’Olivier Masset-Depasse

C’est donc Illégal qui a ouvert hier soir le 25ème FIFF. Les organisateurs ont assurément frappé un grand coup en programmant le film engagé et sans concession d’Olivier Masset-Depasse en ouverture du festival. Le film, déjà auréolé d’un succès international, a profondément ému le public namurois. Il n’y avait pas de meilleure manière pour lancer les festivités.

Illégal est un film étrange. Il mêle différentes influences hétérogènes. C’est en effet un film européen traversé par les codes du cinéma américain : punch, récit soutenu, affects mélodramatiques…. Masset-Depasse ne cache d’ailleurs pas ses influences puisqu’il évoque Greengrass, Iñárritu ou Winterbottom, des influences auxquelles nous ne nous attendions pas vraiment.

Car, par moment, Illégal suspend la ligne droite de son récit pour contempler les corps et les lieux inhumains qui lui servent de cadre. Tania (magnifiquement incarnée par Anne Coesens), une mère de famille biélorusse séjournant « illégalement » en Belgique, est enfermée dans un centre de transit pour « illégaux ». Dehors, son fils Ivan vit dans l’espoir de la retrouver avant qu’elle ne soit expatriée…

Masset-Depasse réussit à restituer toute l’énergie d’une lutte face à l’inhumanité et à l’injustice. Il trouve le bon équilibre entre la dénonciation et la sensibilité sans tomber dans la vulgarité qui, généralement, accompagne ce genre de film. En effet, le cinéaste prend le temps de filmer ses personnages. Nous pensons à cette magnifique scène où Aïssa, la jeune africaine compagne de chambre de Tania, revient d’une procédure manquée d’expulsion. Son corps, couvert de coups, baigne dans une lumière intime tandis que le bleu de la chambre confère à la scène une distance qui permet au spectateur de poser un autre regard sur les faits.

Illégal trouve donc ses meilleurs moments dans ces instants de suspension durant lesquels le temps se dénude et les personnages se détachent de la spirale dans laquelle ils sont engagés. Le style « américain » se mélange donc parfaitement avec une sensibilité plus ouverte, moins régie par les codes du récit. Ainsi, Masset-Depasse travaille beaucoup le hors-champs. Il oppose l’enfermement et l’inconfort du centre à la banalité du quotidien : un arrêt de bus, l’aéroport… C’est une manière de mettre le spectateur en face de sa propre vie, et de lui dire que les problèmes ne sont pas forcément ailleurs, mais au pas de sa porte.

Le film frappe par son réalisme et son travail documentaire. Chaque image résonne douloureusement avec l’actualité et la vie de tous les jours. On pense bien sûr au cas de Semira Adamu, morte étouffée à Zaventem lors de sa tentative de rapatriement en 1998 (voir photo ci-dessous). Illégal ne se termine pas, il réveille plutôt des choses que l’on croyait enterrée. Maintenir le spectateur en éveil, voilà peut-être le cœur du second film d’Olivier Masset-Depasse.

Guillaume Richard