25ème FIFF – « Marieke Marieke » : l’exceptionnel premier film de Sophie Schoukens


Les mots employés sont peut-être grands, mais il y a bien quelque chose d’exceptionnel dans le premier long métrage de Sophie Schoukens, Marieke Marieke. Du moins, une maîtrise et un regard qui se révèlent assez rares dans le paysage cinématographique belge. En effet,  Marieke Marieke est un film de mise en scène, un film où le plan et sa durée retrouvent une valeur essentielle. Aucune coupure n’est gratuite et aucun raccord n’est hasardeux.

Le film s’ouvre sur deux plans fixes. L’un dans une baignoire où Marieke, encore enfant, et sa mère, prennent un bain. Cette dernière dit, avec un ton naturel bouleversant, que son mari n’est plus là et qu’elles vont devoir vivre sans lui. Dans le second plan, les deux femmes, plus âgées de 12 ans, sont autour de la table de la cuisine quand quelqu’un sonne à la porte. Ces deux motifs (la baignoire et la table, ainsi que bien d’autres) ne cesseront de se répéter et de varier tout au long du film. C’est tout l’art de la mise en scène de Sophie Schoukens : saisir les variations les plus intimes de la vie, celles qui traversent le temps, réveillent la mémoire et organisent les possibles à venir.

Par là, la cinéaste touche à la simplicité même, à la vie dans tout ce qu’elle a d’étrange (les répétitions) et d’imprévisible (les variations). Jamais Schoukens ne nous assomme avec une mise en scène pachydermique (comme c’est le cas de certains films du festival). Bien au contraire, elle laisse parler le plan qui, parfois, rend magique la présence de cette fille unique, Marieke, 20 ans.

On ne sait jamais si Marieke est une adulte ou une enfant. Elle semble parfois très mature, farouche, indépendante. Mais, quelques minutes plus tard, elle semble se réveiller encore enfant, fragile. Le film est une ode à sa liberté.

Marieke Marieke est aussi fort qu’un autre premier film bien connu : La promesse des frères Dardenne. Les mots me manquent actuellement pour exprimer ce qui est encore trop frais dans ma mémoire. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est qu’on entendra encore parler de ce magnifique film, et qu’il ne serait pas impossible de le voir repartir avec un prix en fin de semaine.

Texte boiteux de Guillaume Richard

Le site officiel du film :  http://www.mariekemarieke.be/marieke/