BIFFF 2010 : Critique socio-politique et cinéma de genre (« Ikigami » et « Survival of the Dead »)

Depuis son invention, le genre fantastique, et plus particulièrement la science-fiction, a permis à divers auteurs d’exprimer leurs points de vue sur des sujets de sociétés où de développer une véritable réflexion, notamment sur la politique. D’Orwell à Huxley, en passant par Barjavel, nombreux sont les écrivains renommés ayant construit leurs univers autour d’un futur n’étant autre qu’une exagération de leur propre présent. Ce week-end, le Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF) proposait deux films répondant à ce principe de parabole socio-politique. En effet, le film japonais Ikigami de Tomoyuki Takimoto, et le dernier film en date de George A. Romero, Survival of the Dead, développent tous les deux un discours critique sur des problématiques actuelles, à savoir la manipulation des masses pour l’un, et l’interventionnisme étatique pour l’autre.

Ikigami de Tomoyuki Takimoto

Dans un futur pas si lointain, le Japon a fait passer une loi nommée « Loi Ikigami », qui prévoit que certains citoyens ayant entre 18 et 25 ans soient choisi arbitrairement afin de mourir pour le bien de la nation. Ces « heureux » élus sont avertis un jour à l’avance pour leur permettre de jouir pleinement des ultimes heures de leur courte existence. Leur famille se voit ensuite verser une somme d’indemnisation pour la perte d’un être cher. Cette mesure a pour but de faire prendre conscience aux citoyens de la valeur qu’a leur vie. Bien évidemment, dans un tel système, tout individu se rendant coupable d’un « crime de la pensée » sera mis hors d’état de nuire.

A partir de cette prémisse, Motorô Mase, scénariste du film et auteur du manga l’ayant inspiré, s’intéresse à des cas particuliers de jeunes gens pour qui la vie s’arrête abruptement, à cause de cette loi absurde. Le film emprunte donc un chemin de traverse et quitte l’anticipation pure et dure pour s’intéresser à des destins brisés. Il en devient alors terriblement humain et poétique, tout en conservant un point de vue sur la question de fond qu’il pose par son sujet.

Survival of the Dead de George A. Romero

Depuis plus de quarante ans, George Romero sévit dans le sous-genre du film de zombie, dont il a pratiquement jeté les bases avec son premier film, Night of the Living Dead, en 1968. Au fil des ans et des époques, Romero a développé dans son cinéma, profondément ancré dans le genre fantastique, un véritable discours social et politique. Longtemps resté dans l’ombre et admiré principalement par une petite frange du public, il a suscité, ces dernières années, un intérêt grandissant, notamment de la part de la critique. Son regard aiguisé sur l’actualité et son perpétuel renouvellement, tant au niveau du fond que de la forme, n’y sont certainement pas pour rien.

Après s’être intéressé aux nouveaux moyens de communication avec Diary of the Dead, véritable patchwork de formes visuelles hétéroclites, Romero donne a ce dernier une suite plus ou moins directe dans laquelle une poignée de survivants à une épidémie arrivent sur une île où deux hommes – et  deux points de vue sur un même problème – se livrent une guerre sans merci. L’un pense que les contaminés peuvent être rééduqués et qu’une réconciliation est possible, l’autre que les combattre est la seule solution. Toute ressemblance avec des faits politiques de ces dernières années serait totalement volontaire.

Thibaut Grégoire pour UniversCiné