» Rwanda, les collines parlent  » de Bernard Bellefroid

1994, Rwanda, guidés par les invectives de Radio Mille Collines, Les Hutus massacrent les Tutsis dans ce qui a été appelé le pire génocide depuis la Shoah. 2005, Bernard Bellefroid et son équipe partent filmer quelques jours (avant, pendant et après leurs procès) de la vie de coupables de ce génocide ainsi que de rescapés.

Le constat est frappant, plus de dix ans après le génocide sanglant qu’a connu le Rwanda, certaines blessures ne sont toujours pas refermées et certains esprits ne connaissent toujours pas de remords.

Ce triptyque commence par le procès d’Obede, individu cynique n’hésitant pas à feindre les remords et à faire de grandiloquentes demandes de pardon devant des proches de plusieurs de ses victimes. Traité de menteur par plusieurs personnes, il s’en sort grâce à sa connaissance des failles du système, et certainement grâce au fait que quatre des individus le jugeant font partie de sa famille, un verdict qui écoeure les familles des victimes et ne manque pas de nous laisser un arrière gout amer dans la bouche.

La suite aborde le cas de Gahutu, négationiste pure souche qu’aucune contradiction n’effraie et qui n’hésite pas à prétendre que personne n’a été tué dans son village. Sa mauvaise foi inébranlable confine au ridicule et en devient pathétiquement drôle pour les jurés. Un exemple typique des obstacles que la lutte pour la reconnaissance du génocide connait encore de nos jours.

Enfin nous faisons la connaissance de François, Tutsi ayant été obligé de tuer son frère pour survivre. Alors que la première partie du documentaire est véritablement révoltante et la suite presque burlesque, cette histoire est tout simplement poignante. Les proches de François, et surtout la veuve de fon frère, lui refusent le pardon, il est le seul des trois coupables que nous présente ce métrage à aspirer à la repentance et le seul à souffrir, étant rejeté et condamné à la prison alors que le crime pour lequel il est jugé a été commis sous la contrainte, faisant de François un des nombreux rescapés ayant dû commettre des actions horribles pour survivre.

En une cinquantaine de minutes, Bernard Bellefroid nous montre que l’affaire du génocide Rwandais est loin d’être classée, et que pour certains elle ne le sera jamais.

Michael Depriez pour UniversCiné

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