« Les grandes personnes » d’Anne Novion

L’argument de départ aurait pu faire dériver ce film vers le théâtre de boulevard, une intrigue simple, un quiproquo prétexte à quelques gags, à un comique de situation, à quelques malentendus équivoques, et à des dialogues se limitant à la confrontation de personnalités typées. Au lieu de cela, Anna Novion tire parti pour son premier film de cet imbroglio pour l’oublier très vite, et se consacrer sur les histoires personnelles de chacun de ses personnages

Ses histoires, sans aucun lien entre elles, ne feront jamais que se croiser, s’additionner sans avoir de répercussions les unes sur les autres, si ce n’est d’isoler encore plus chacun des participants de cette cohabitation involontaire. Exposés en douceur, presque en douce, sans jamais s’appesantir, grâce à un traitement sensible tout en légèreté, c’est avant tout la solitude et la fragilité de chacune de ces vies qui va faire surface. Irrésistiblement ramené à son propre cas, sa propre bulle, chacun d’entre eux va se retrouvé perturbé, obnubilé, par un événement sentimental, par un souvenir, ou par un quête, et en oublier le reste du groupe.

Aveuglé par sa chasse au trésor, le père (Jean-Pierre Darroussin) va se montrer indifférent à ce qui se passe sous ses yeux, les problèmes des autres lui échappe, et il ne comprend plus sa fille (Anaïs Demoustier), qui grandit et qui se retrouve confrontée à un nouveau monde, une nouvelle vie. On le sent de toutes façons incapable de s’échapper de son rôle de père, enfermé dans une routine de comportement un peu didactique (il a un avis et une théorie sur tout), un peu sur-protecteur. On ne doute en effet jamais de ses bonnes intentions, et c’est une des forces de ce film de ne jamais le ridiculiser totalement.

Si le film montre à l’envie les manies, les petits défauts, les travers un peu guignolesque du personnage, il ne le charge jamais gratuitement et trace de lui un portrait qui échappe à la fois à la condamnation facile et à la caricature condescendante. Les autres adultes du film, qui de plus sont deux femmes, la propriétaire de la location (Lia Boysen) et son invitée (Judith Henry), seraient sans doute plus à même que lui de comprendre ce qui se passe dans la tête de sa fille, mais leurs propres problèmes vont les rattraper progressivement et les empêcheront d’être totalement disponibles pour elle. Au milieu de ces histoires de grandes personnes, si proches finalement de sa propre confusion sentimentale et de sa propre mélancolie, c’est toute seule qu’elle devra faire le même chemin qu’eux, à travers les mêmes émois, en faisant les mêmes erreurs, les mêmes faux pas.

Benoit Deuxant (La Médiathèque)

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