« Quid Esperanza » de Stéphane Manzone

A travers trois lieux emblématiques, en Espagne, au Portugal et en Sicile, Stéphane Manzone met en lumière diverses manifestations de la foi catholique en Méditerranée.

Avec ses images au ralenti, saccadées, mêlées aux textes de la Nuit Mystique de Saint Jean de La Croix, le cinéaste crée un effet hypnotique et entraîne le spectateur dans un (court) opéra en trois actes qui ne se veut jamais explicatif et dont le côté expérimental et onirique fait toute l’originalité.

Ainsi, hypnotisé par les pas synchronisés des porteurs de la procession de Malaga, dans la première partie du film, le spectateur se laisse lui-même porter par les mots de Jean de La Croix, ne réalisant parfois qu’après-coup leur caractère insidieux et leur ambiguïté. Au milieu de cette harmonie du mouvement et du texte, surgissent alors des hommes en blancs dont les cagoules blanches font ressurgir d’autres images dans l’inconscient collectif.

Le film de Stéphane Manzone est avant tout une expérience sensorielle et n’est pas un documentaire au sens strict du terme dans la mesure où il n’utilise pas de procédé narratif pour exposer une réalité. Manzone filme la réalité mais la tord, la distend, par de nombreux procédés de montage, faisant de son film une autre réalité, purement cinématographique.

Cherchant à traduire en images le mysticisme qui émane des texte de Jean de La Croix, dits par la voix-off tout au long du métrage, Manzone tend à une certaine abstraction aussi déconcertante qu’envoûtante. Mais en montrant , et en disant, l’occultisme de la religion, de manière plus ou moins évidente, il élabore néanmoins un discours critique sur son sujet.

Thibaut Grégoire pour UniversCiné

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