« Hors cadre » de Laurence Bibot et Marka

Parfois, même la plus grande enveloppe corporelle ne peut contenir un cœur aux dimensions disproportionnées. Et, comme dit le poète, on a souvent besoin d’un plus petit que soi.

Ecumant depuis près de vingt ans les scènes de Belgique, et plus particulièrement celle du Théâtre de la Toison d’Or à Bruxelles, l’humoriste et comédienne Laurence Bibot, après avoir réalisé deux documentaires remarqués (I love Martine et Travestis), se lance dans la réalisation d’un court métrage de fiction, avec ce Hors Cadre éminemment personnel.

C’est l’histoire de Caroline, belle jeune femme trop grande pour  figurer dans le cadre serré d’une image en cinémascope. La voici donc dans ce film trop petit pour elle, évoluant telle une girafe de dessin animé, coupée au niveau du cou et déclamant ses répliques hors-champ. Du haut de son mètre quatre-vingt cinq, elle fait figure de longue plante verte, fréquentant des seconds rôles visibles qui la réduisent constamment à sa grande taille.

Jusqu’au moment où, à mi-parcours d’un film beaucoup trop court pour un aussi grand sujet, survient un personnage, certes petit, mais qui, pour une fois, parle d’autre chose que de centimètres. En se mettant au niveau de ce petit bonhomme, la grande Caroline rentre soudain dans le cadre, révélant le visage de la comédienne-réalisatrice. Comme si l’arrivée d’un second personnage principal permettait enfin une scène de dialogue mettant les deux protagonistes sur un pied d’égalité, les yeux dans les yeus.

Avec le co-réalisateur, son compagnon Marka, Laurence Bibot livre un film paisible, sans beaucoup d’effets, porté par son sujet et ses acteurs, Bibot et l’excellent Laurent Capelluto en tête. Sur base d’un détail qui fait son quotidien, sa propre grande taille, la réalisatrice livre un film drôlement simple et simplement drôle.

Thibaut Grégoire pour UniversCiné

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