« Cabale à Kaboul » de Dan Alexe

Ils sont les deux derniers juifs de Kaboul. Ils vivent dans la synagogue, qui chaque jour se dégrade un peu plus. On pourrait les croire sur le qui-vive et unis face à une menace omniprésente. Et pourtant, ils se détestent… sous le regard plutôt amusé des musulmans du quartier.

La grande force du documentaire de Dan Alexe réside d’abord dans sa capacité à jouer avec nos idées reçues, nous rappelant que la réalité est souvent plus complexe que ce que nous en percevons par les médias. A travers les vies de Zabulon et Isaac, c’est, progressivement, tout le quotidien des petites gens de Kaboul qui nous apparaît distinctement, un quotidien où les tracas liés à la survie quotidienne prennent le pas sur les questions politiques, idéologiques ou religieuses.

La caméra de Dan Alexe a réussi à pénétrer au cœur des vies solitaires de Zabulon et Isaac, qui se confient sans retenue. Tous deux ont envoyé depuis longtemps leurs familles respectives en Israël. Isaac, déjà vieux, survit grâce à sa pratique des sciences occultes, qui trouve encore beaucoup d’écoute dans l’Afghanistan d’aujourd’hui ; plus jeune, plus pragmatique, et sans doute plus rusé, Zabulon semble organiser plus facilement sa survie. Il est marchand de tapis mais il traficote aussi un peu dans les alcools clandestins.

Si « Cabale à Kaboul » séduit à ce point c’est sans doute parce que le réalisateur prend le temps de construire une histoire, avec une vraie progression dramatique, et des personnages finement observés, tantôt drôles, tantôt émouvants pour lesquels on ressent de l’empathie.

Dans un premier temps, la haine qui les sépare, et dont on ne comprendra jamais les vraies racines, semble d’une autre époque, au vu du contexte dramatique de l’Afghanistan d’aujourd’hui. Elle paraît dérisoire et provoque chez le spectateur un regard amusé, qui s’estompe cependant bien vite. Progressivement, par petites touches, à partir d’observations qui pourraient sembler légères, se dessine un tableau peu réjouissant sur la déglingue d’un monde, d’un Moyen-orient qui était un carrefour des cultures. Et le film de prendre une dimension bien plus universelle…

Pierre Duculot pour UniversCiné