« Niños » de José-Luis Peñafuerte

Durant la guerre civile espagnole, de nombreux enfants de combattants anti-franquistes furent envoyés dans des pays étrangers, afin de les protéger des massacres et des bombardements. La Belgique, la France, le Mexique, la Russie en accueillirent. Certains retournèrent sur leur terre natale une fois la paix revenue ; ils y retrouvèrent parfois leurs parents. D’autres grandirent et vécurent dans leur pays d’accueil. On les appela « los niños de la guerra ».

Fils d’immigrés espagnols, José-Luis Peñafuerte s’est emparé de cette histoire forte pour construire un documentaire à la première personne qui mêle avec pertinence la grande et la petite histoire, l’intime et l’universel. Dépassant le contexte historique, il revient avec pertinence sur une question essentielle de l’époque, celle de l’identité, en s’appuyant sur la souffrance de ceux qui en ont été privés, souvent dès leur plus jeune âge.

L’intention de départ de José-Luis Peñafuerte était de partir à la recherche des niiños à travers le monde. Il a eu l’intelligence de coupler cette démarche avec une quête personnelle, celle de ses racines. Il s’est demandé pourquoi cette histoire le touchait, pourquoi elle le renvoyait au passé d’exilé de sa famille. Ce postulat de départ une fois posé, sobrement, grâce à une voix off sans emphase et un usage judicieux de films familiaux, il se lance dans une enquête qui n’en prend que plus de force. Comme guide, il choisit Emilia, une ancienne niiña, dont la voix s’étrangle encore lorsqu’elle raconte ce douloureux passé.

Elle a donc rédigé un long récit de son histoire, le plus souvent lu en off par la comédienne Aylin Yay. Pour l’illustrer, le réalisateur recourt à des images d’archives, notamment beaucoup de photos personnelles, mais aussi à de simples plans de lieux évocateurs, renvoyant tantôt à la mémoire des Niiños (les centre d’accueil de la mer du Nord, battus par le vent), tantôt à son propre ressenti (longue déambulation silencieuse dans un village espagnol en ruine). Le tout est rythmé par des images d’aller et retour entre la Belgique et l’Espagne. On louera le grand soin apporté à l’image du film, due à Remon Fromont, et le montage dynamique de  Michèle Maquet.

Humain, sensible, instructif, Niños ne fait pas que remettre en lumière avec tact une page essentielle de l’histoire du XXe siècle, ce qui serait déjà très bien. Il fait aussi vaciller nos certitudes sur le déracinement. En nous éclairant sur hier, il nous interroge aussi beaucoup sur aujourd’hui.

Pierre Duculot pour Universciné