« Man Push Cart » de Ramin Bahrani

Inspiré du mythe de Sisyphe d’Albert Camus, « Man Push Cart » de Ramin Bahrani raconte le quotidien sombre et monotone de Ahmad Razvi, ex-rockeur pakistanais immigré à New York, reconverti en vendeur ambulant de café et de beignets la journée, et vendeur de vidéos porno le soir. A travers ce récit fort et émouvant, le réalisateur pousse le spectateur à mettre ses idées préconçues au placard et tente de le sensibiliser, en toute simplicité, sur l’immigration en général. Si la question « Comment mènerais-je ma barque dans un pays inconnu, sans aucune reconnaissance sociale et professionnelle, et sans le sou? » effleure son public à la lecture de ce film, c’est que le pari de Bahrani est gagné!

Dans ce récit, les journées et nuits d’Ahmad se suivent et se ressemblent : ses aller-retours entre le hangar de « pushcarts » et son coin de rue attitré, tirant son lourd chariot dans le trafic bruyant de New York ; ses clients, tantôt pressés et impatients, tantôt prêts à déballer des bribes de leurs vies ennuyeuses à qui veut les écouter; cette bombonne de gaz qu’il trimballe sans cesse après le travail, en vendant ses vidéos porno aux autres immigrés partageant son sort. Les bruits du trafic de la ville, et surtout la musique répétitive qui prend aux tripes, renforcent encore la lourdeur de son quotidien.

Dans ce drame urbain, c’est bien l’absurdité de la condition humaine que Ramin Bahrani, iranien de souche né en Caroline du Nord, dépeint de façon émouvante et poignante. Un homme, condamné à porter son fardeau inlassablement, nuit et jour, dans la jungle New-Yorkaise. Ce fardeau, c’est le chariot qu’il traîne derrière lui. Mais pas seulement. C’est aussi le poids de ce quotidien qui l’écrase, de ses regrets de père raté qui le rongent, et de cette solitude endeuillée qui le bouffe.

A travers ce deuxième long-métrage, Bahrani tente également de « dé-diaboliser » les immigrés Est Asiatiques des États-Unis. Après les événements du onze septembre, ils sont devenu « l’ennemi ». Les actes de racisme, de provocation et de haine envers cette population ont été banalisés depuis lors. Bahrani le montre tout au long de son film, et plus particulièrement dans une scène où les amis d’Ahmad rient et discutent en toute légèreté d’une agression au couteau subie par l’un des leurs. Pour Bahrani, Ahmad, personnage fort qui fait montre d’une sensibilité poignante et un grand respect de la vie, est le reflet de cette population d’immigrés. Des êtres humains, qui, en fuyant leurs pays et leurs vies pour diverses raisons, ont dû tout recommencer à zéro. Tel est le message de Bahrani : ne pas se fier aux apparences. « Ils ne font pas que vendre du café et des beignets. Et tous ceux qui leur ou me ressemblent ne sont pas des terroristes. »

Réalisme et sobriété sont les maîtres mots de ce récit, porté par l’émouvant et tellement vrai personnage principal, Ahmad Razvi.

Emilie Flament pour UniversCiné

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