« 9mm » de Taylan Barman

Au bout d’un couloir, une porte. Derrière cette porte, un coup de feu retentit. Que s’est-il passé ? C’est en forme d’interrogation que commence 9MM, construit comme une longue réponse à la question posée par ce premier plan.

Le coup de feu qui ouvre 9MM le clôture également. En une heure et demi, Taylan Barman use de digressions scénaristiques et filmiques pour expliquer un événement simple, ce coup de feu. En collant au plus près de ses trois personnages principaux, Barman délivre trois points de vue différents sur les mêmes événements et étire son intrigue pour mieux retarder la fin inéluctable.

Les trois personnages centraux sont les membres d’une même famille. Au cours d’une journée qui va faire basculer leur vie, chacun va évoluer de son côté, tout en ayant un impact sur les trajectoires des autres. En usant du plan séquence pour capter des moments de vie de ces trois personnages, Barman se permet des aller-retours dans son récit, reprenant parfois un personnage où il l’avait laissé dix minutes plus tôt.

Les trois acteurs (Morgan Marinne, Anne Coesens et Serge Riaboukine), exprimant chacun à leur manière la détresse profonde de leur personnage, laissent libre cours à un jeu instinctif et à la limite de l’improvisation tout en gardant un rythme uniforme assez calme. A l’image du coup de feu survenant derrière une porte, beaucoup de choses sont suggérées dans ce film qui met en lumière les détails humains plutôt que les artifices du récit. Sur une trame qui aurait pu être prétexte à un film de suspense, voir d’action, Barman s’éloigne de ce que l’on aurait pu attendre de lui et décide de capter des mouvements quotidiens chez ces personnages ordinaires se trouvant dans une situation extraordinaire.

Le scénario, écrit à quatre main par Barman et Kenan Görgün, a pour ambition avouée d’éviter tous les clichés du genre et de mettre au second plan – voire d’évincer totalement – les scènes à priori centrales de l’intrigue. En résulte un film étonnant et désarçonnant, fort et calme à la fois.

Thibaut Grégoire pour UniversCiné

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