« Les triplettes de Belleville » de Sylvain Chomet

Madame Souza élève son petit-fils Champion et lui offre un vélo. Très vite, le gamin se révèle doué au point de se retrouver dans le peloton du Tour de France. Mais au détour d’une étape, Champion disparaît mystérieusement. Madame Souza et son chien Bruno partent à sa recherche et se retrouvent à Belleville, temple du music-hall. Trois vieilles dames excentriques, anciennes stars des années ’30 connues sous le nom des « Triplettes de Belleville », sont touchées par son histoire et l’aident à retrouver Champion… Très loin des standards du dessin animé commercial, un défilé magistral de fantaisie pour cet hommage aux années ’30 et à l’épopée du cyclisme. Émotions de l’enfance et burlesque se côtoient dans ce superbe conte humaniste.

Les Triplettes de Belleville, présenté en sélection officielle à Cannes en 2003, est le premier long métrage d’animation de Sylvain Chomet. Sensé faire partie d’un triptyque de courts métrages du réalisateur, avec pour premier opus « La vieille dame et les pigeons » réalisé en 1996, les Triplettes avaient beaucoup trop de choses à raconter – ou plutôt à montrer et à chanter – pour se contenter de ce format.
Les premières images du film sont un aperçu des années 30 à Belleville, mettant en scène les Triplettes, trois jeunes chanteuses de music-hall, et permettant ainsi au réalisateur de rendre hommage aux protagonistes célèbres de cette époque, tels que Charles Trenet, Jango Reinhardt, Fred Astaire ou encore Joséphine Baker.

Témoins de ces années folle, madame Souza, Champion, et Bruno, le chien, vivent quant à eux dans la France populaire des années 50. C’est dans une ambiance plus lugubre et triste que l’on découvre ces personnages attendrissants, mais leur quotidien n’en est pas moins fantaisiste. Bruno rythme sa vie aux horaires des trains et ne peut s’empêcher d’aboyer furieusement à chaque passage, en réaction au train électrique qui lui roula sur la queue quand il était encore chiot. Champion s’entraîne sans cesse dans les rues de Paris. Sa grand-mère dévouée l’accompagne dans tous ses efforts, qu’il pleuve, qu’il vante ou qu’il neige, le sifflet au bec pour l’encourager. Les rituels de remise en forme après l’effort – un coup d’aspirateur et de moulinette pour les mollets, un massage à la tondeuse à gazon pour le dos – sont une série d’éléments burlesques qui font sourire.

Après la disparition de Champion, ces deux mondes loufoques se rejoignent. Madame Souza et Bruno débarquent à Belleville, ville imaginaire qui pourrait être Montréal dans la réalité. Les stéréotypes du « too much » américain sont mis en évidence par des décors trop hauts et des habitants trop gros. Les personnages français y rencontrent les Triplettes, devenues vieilles dames, toujours aussi extravagantes, amatrice de grenouilles en brochettes, et musiciennes.

Bercés par une musique composée de sons d’aspirateur, de frigo, de papier journal et de rayons d’une roue de vélo, le spectateur entre dans un environnement visuel et musical très riche, et ne pourra être que conquis par la tendresse et le côté loufoque des personnages.

Empreint de nostalgie et de souvenirs d’enfants, les « Triplettes de Belleville », c’est 80 minutes de burlesque, de swing et d’excentricité. Une épopée visuelle et musicale à vivre absolument!

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