« Le cauchemar de Darwin » de Hubert Sauper

Quelque part en Afrique, des avions-cargos décollent sans discontinuer. Leurs cales sont pleines de filets de Perche du Nil, poisson miraculeux permettant de nourrir chaque jour 2 millions d’Européens. La Perche du Nil est un prédateur introduit dans le Lac Victoria à la suite d’une expérience. Sa prolifération a détruit 95% des espèces indigènes, et déstabilisé tout l’écosystème d’un des plus grands lacs du monde. Quelque part en Afrique, des gens meurent de fin, frappés par la famine. Les avions qui atterrissent apportent des armes, la prostitution, le SIDA mais aussi, parfois, l’aide alimentaire de l’ONU. Tout cela se passe à Mwanza, petite ville de Tanzanie, l’un des pays les plus pauvres de la planète. Se révèle alors, au fil de l’eau, une métaphore ironique de ce qu’on appelle le nouvel ordre mondial. Et se révèle un aspect « cauchemardesque » des relations entre les cultures et les continents, par le biais des histoires personnelles et des rêves des gens… « Le cauchemar de Darwin » est une histoire d’êtres humains et de poissons.


En Tanzanie, dans les années 60, la Perche du Nil, un prédateur vorace, fut introduite dans le lac Victoria à titre d’expérience scientifique. Depuis, pratiquement toutes les populations de poissons indigènes ont été décimées. De cette catastrophe écologique est née une industrie fructueuse, puisque la chair blanche de l’énorme poisson est exportée avec succès dans tout l’hémisphère nord. Seul problème : aujourd’hui, la perche ne trouve plus rien à manger dans le lac, et elle commence à s’entredévorer…

Et pendant ce temps, sur les bords du lac à l’économie bouleversée apparaissent de drôles de trafics… C’est la misère des abords du lac Victoria qui a un jour intrigué le documentariste autrichien Hubert Sauper. Comment pouvait-on crever de fin dans une région où, a priori, il y a tout pour assurer l’autosubsistance ? En tentant de comprendre le pourquoi, au cours de plusieurs voyages, il a commencé à démêler un écheveau peu ragoûtant qu’on pourrait voir comme une parabole du rapport du monde occidental à l’Afrique : surexploitation, inégalité des échanges, aide au développement mal pensée, catastrophe sanitaire, encouragement e la corruption locale… Il en résulte un film fort et sans complaisance, mené comme un thriller, qui a connu la consécration dans de nombreux festivals et qui réussit une jolie carrière en salle, en France, en Autriche, à Bruxelles…

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