« Lake Tahoe » de Fernando Eimbcke

En deux plans panoramiques envahis par la pâle lumière mexicaine le ton du film est donné. Tout y sera minimaliste, réduit à sa plus simple expression. Un fond noir et quelques sons environnants relient ses deux tableaux à la beauté aveuglante.

Une voiture encastrée dans un poteau électrique, un adolescent en sort. Il part aussitôt à la recherche d’un mécanicien pour l’aider à reprendre sa route. Les plans fixes se succèdent entre deux clignements d’ yeux fatigués par le lourd soleil qui enclume. L’adolescent les traversent sans s’y attarder, des façades matraquées d’inscriptions et de lumière en guise d’arrière plan. La caméra s’attarde alors sur ces décors vidés d’animation. On s’attend à voir réapparaître le jeune homme. Il n’en sera rien. Tout est épuré à l’extrême, de l’argument scénaristique de départ à la mise en scène. Et pourtant rien n’est simple. D’une situation anodine vont naître des rencontres parfois insolites, souvent tendres. Petit à petit le dispositif fait sens; le procédé pictural joue sur les répétitions pour rythmer le récit, les rencontres a priori anecdotiques s’imbriquent et agissent comme un révélateur de l’intrigue. Ces personnages tantôt drôles tantôt émouvants vont l’aider non seulement à remettre la voiture du jeune homme (Juan) en état, mais aussi et surtout à panser ses blessures. Ils vont l’aider à assumer ses problèmes, à ne pas fuir la réalité qui semble le faire souffrir et ainsi pourra-t-il reprendre son chemin.

Le titre du film en lui-même est une mise en abîme: car contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’action ne se déroule nullement au lac Tahoe. Celui-ci n’est figuré qu’au travers un autocollant apposé sur la carrosserie de la voiture. Il ne représente qu’un morceau de rêve, un népenthès illusoire qui désolidarise Juan du monde tangible si cruel à ses yeux.

Directement inspiré des films burlesques dans se gestion des cadrages et de l’image, ce nouveau long métrage du réalisateur mexicain Fernando Eimbcke (à qui l’on doit notamment le très réussi Temporada de patos) traîne son mystère et ses fantômes entre sourires et larmes. Son récit se dévoile en apesanteur; parfois semble-t-il être un mauvais rêve qui perdure encore après le réveil. Pas de musique, seuls les sons extérieurs nous rappellent que la vie habite les lieux.

A l’instar de Temporada de patos, Lake Tahoe est un film dénué de tout artifice. Tous deux puisent leur force de leur composition visuelle autant que de leurs silences. Seule compte l’histoire. Le dispositif mis en place ne sert qu’à la mettre en valeur, à la magnifier. La mise en scène se fond complètement dans le récit jusqu’à devenir partie intégrante et indivisible du propos. En outre elle rend les émotions palpables sans les exposer aux risques pervers d’un pathos forcé. Les blessures ou les réconforts ponctuels se devinent plus qu’ils ne s’exhibent.

Tout au long d’un récit horizontal mais faussement linéaire,  Lake Tahoe se révèle un film candide mais non dénué d’ambition qui pose clairement la limite entre simplicité et simplisme.

Michael Avenia (La Médiathèque)

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