« Home sweet Home » de Benoît Lamy

Une constatation s’impose lorsqu’on redécouvre « Home Sweet Home » et « Jambon d’Ardenne », les deux films que réalisa dans les années ’70 Benoît Lamy : ils étaient imprégnés d’un esprit transgressif parfaitement réjouissant !

Porté par le courant contestataire post-soixante-huitard, « Home Sweet Home », de Benoît Lamy fut, fait rare à l’époque, un immense succès populaire. Le film n’est pas que le témoignage précieux de l’esprit des années ‘70. C’est aussi une comédie vacharde et réjouissante, audacieuse à bien des aspects, et toujours très efficace !

Les vieux d’un home de la région bruxelloise, lassés du traitement infantilisant et despotique que leur impose leur directrice, se rebellent. D’abord, ils optent pour la désobéissance civile, puis ils choisissent l’évasion (jusqu’en Tunisie pour certains) et la réappropriation de bien dans les grands magasins, enfin ils fomentent une mutinerie en bonne et due forme. En fait, tout l’éventail des techniques de «lutte contre l’oppression », violentes et non violentes, que prônaient alors les jeunes en révolte contre le conformisme bourgeois de leurs aînés.

En ce début des 70’, Benoît Lamy a lui aussi envie de faire péter les coutures d’une société trop corsetée à son goût. A contre courant du jeunisme ambiant, il prend le parti, gonflé, de faire de gentils papys et mamys des insoumis en lutte contre l’injustice, réclamant le droit de jouir sans entrave L’argument du film est certes mince mais néanmoins efficace, avec notamment quelques coups de théâtre générateurs de suspens dans la deuxième partie du récit. Mais l’intérêt est ailleurs : dans l’énergie bouillonnante d’un récit sans temps mort, dans une manière de filmer, souvent caméra à l’épaule, plus soucieuse du jeu d’acteur que de la perfection des cadres, dans un casting qui fait la part belle aux comédiens belges, professionnels mais aussi amateur, qui revendiquent joyeusement leur langue, leurs accents, leurs dégaines. Claude Jade, égérie de Truffaut, et Jacques Perrin, vedette française de l’époque (et coproducteur du film) laissent l’avant plan à une bande de vieux garnements, totalement déchaînés : Marcel Josz, Jane Meuris, Andrée Garnier… Même s’il a fait appel à de nombreux comédiens de théâtre, Lamy semble avoir pêché ses protagonistes dans la rue, tant ils ont la tête de l’emploi.

Benoît Lamy aime le portrait de groupe. On est bluffé par la maîtrise avec laquelle il dirige cette troupe improvisée et inexpérimentée, présente dans presque toutes les séquences. Chacun, du plus grand rôle au figurant, est un personnage, tous participent à l’action, qui, au fur et à mesure du récit, s’emballe de plus en plus.

Derrière les 400 coups des seniors se devine un tableau angoissé de la fin de vie, de la décrépitude, de la solitude. Et une interrogation sur le devenir d’une société de l’abondance qui ne prête plus un regard à ses vieux et qui, lorsqu’ils se révoltent, leur envoie la police. Lamy traite aussi sans ménagement tout ce qui représente l’ordre établi : les braves gens, les administrations tatillonnes, et les forces de police, qui, comme à Guignol, se font même copieusement rosser à la fin. Comme toute bonne comédie, « Home Sweet Home » recèle un propos qui n’en est pas pour autant anodin, encore moins gentillet.

Pierre Duculot pour UniversCiné

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