« 4 mois, 3 semaines et 2 jours » de Cristian Mungiu

1987, Roumanie, quelques années avant la chute du communisme. Dans un pays où l’avortement est un crime, deux jeunes Roumaines décident de faire appel à un médecin clandestin pour mettre fin à la grossesse de l’une d’elle. Voici un synopsis dont la simple lecture pourrait effrayer les cinéphiles les plus avertis.

Mais les détracteurs du « cinéma d’auteur misérabiliste » risquent d’être déçus. On a souvent comparé ce film au cinéma des frères Dardenne. Et même si le rapprochement semble évident tant par les préoccupations sociales mises en avant que par un certain dépouillement (nécessaire) de la mise en scène, la comparaison s’arrête là. Le cinéma de Mungiu est beaucoup moins hermétique, moins rude que celui de nos illustres compatriotes. Le découpage en longs plans séquences cerne magnifiquement les protagonistes, leur humanité sise entre fatalisme et besoin de révolte.

Le réalisateur sait placer sa caméra là où convergent les forces motrices de son film; en utilisant le regard oblique de son actrice principale, il évite un pathos trop évident sans pour autant enlever les émotions nécessaires à l’exposition de son propos et en nous permettant d’avoir une vision plus globale de la situation. Les nombreux déplacements en solitaire de ce personnage résonnent comme une réflexion allégorique sur l’errance de l’être en quête d’exutoire. Sans jamais poser de considération politique, le réalisateur se place en spectateur d’un système qui enferme l’individu dans une bulle et le pousse inévitablement vers l’adaptation ou l’implosion. Tout en sondant les rouages d’une société vouée à la révolution, il installe une véritable intrigue, captivante et personnelle. Et si la lumière crue et sombre souligne parfaitement la détresse de l’instant, il ne faut pas passer sur le sens de l’absurde de certaines situations.

Le réalisateur prend son temps pour planter son décor protéiforme. Et c’est sans doute dans cette pluralité que se situe la vraie force du film. A la fois drame social, thriller et burlesque (façon roumaine cela va de soi), il touche à tous les genres, les entremêlant sans les étouffer. Ce subtil mélange de tons à la fois grave, sérieux et parfois même ridicule loin d’affaiblir le propos sert de liant aux situations. Tel un peintre impressionniste, il agit par petites touches souvent d’une grande force, mais toujours très nuancées. Mungiu nous offre l’esquisse d’une étude de mœurs d’un lieu et d’un temps qui nous semblent lointains. Mais son film se veut sans nul doute bien plus universel en questionnant l’être sur ses choix, sa liberté et sa capacité à surmonter des obstacles.

Michaël Avenia (La Médiathèque)

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